Ormuz : l’Iran pose ses conditions, Trump choisit pour l’instant d’attendre.
Téhéran ne veut pas rouvrir le détroit d’Ormuz sans contreparties. Les autorités iraniennes ont dressé une liste d’exigences particulièrement lourdes à l’adresse de Washington, allant de la levée des sanctions au retrait des forces américaines déployées autour de l’Iran. Donald Trump, lui, semble pour l’instant écarter l’idée de nouvelles frappes et parier sur l’affaiblissement économique de son adversaire.
/image%2F1046414%2F20260810%2Fob_836eea_ormuz.jpg)
Le détroit d’Ormuz est devenu bien plus qu’une voie maritime à rouvrir. Il est désormais l’un des principaux instruments de négociation dont dispose l’Iran face aux Etats-Unis. Téhéran l’a fait comprendre sans beaucoup d’ambiguïté : le retour à une circulation normale dans le détroit aura un prix.
Mohammad Bagher Zolghadr, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, a ainsi déclaré que l’Iran ne rouvrirait pas complètement Ormuz tant que les Etats-Unis n’auraient pas « corrigé leur comportement ». Derrière cette formule diplomatique se trouve une série de demandes particulièrement ambitieuses.
Ce que réclame réellement l’Iran.
Téhéran exige d’abord « la fin des menaces et des attaques contre son territoire ». Les dirigeants iraniens veulent obtenir des garanties suffisamment solides pour éviter que la réouverture d’Ormuz ne soit suivie, quelques semaines ou quelques mois plus tard, de nouvelles opérations militaires américaines. Mais l’Iran ne parle pas seulement de lui-même.
Il demande également « l’arrêt des attaques contre ses alliés et partenaires régionaux », notamment au Liban, au Yémen, en Irak et dans les territoires palestiniens. Cette exigence élargit considérablement le champ des discussions. Accepter une telle condition reviendrait pour Washington à négocier non seulement la question d’Ormuz, mais une partie de sa politique au Moyen-Orient.
Téhéran réclame aussi « la levée du blocus naval américain et le retrait des forces américaines » déployées autour de l’Iran. C’est probablement l’un des points les plus difficiles. Pour Washington, ces forces sont précisément là pour protéger les intérêts américains, rassurer les alliés du Golfe et garantir la circulation maritime. Pour Téhéran, elles constituent au contraire une menace permanente à quelques centaines de kilomètres de ses côtes.
L’Iran réclame par ailleurs « des réparations pour les dégâts causés par la guerre ». Une telle demande est politiquement explosive. Il ne s’agit plus simplement de négocier un cessez-le-feu ou une réouverture maritime : payer des réparations pourrait être interprété comme une reconnaissance, par les Etats-Unis, de leur responsabilité dans les destructions.
Enfin, deux demandes concernent directement l’économie iranienne : « la levée des sanctions américaines et la libération des avoirs iraniens gelés à l’étranger ». Et c’est probablement là que se trouve une partie essentielle de la négociation.
Pourquoi Téhéran demande autant.
A première vue, la liste paraît presque impossible à accepter pour Washington. Mais cela ne signifie pas nécessairement que l’Iran s’attend à obtenir satisfaction sur tous les points. Dans une négociation, commencer avec des exigences très élevées permet aussi de disposer d’une marge pour faire des concessions.
Téhéran pourrait ainsi renoncer à certaines demandes en échange de concessions américaines jugées prioritaires, notamment sur les sanctions, les exportations pétrolières ou les avoirs gelés. L’Iran dispose surtout d’un argument que Washington ne peut pas simplement ignorer : sa géographie.
Le détroit d’Ormuz est l’une des routes énergétiques les plus importantes de la planète. Une perturbation durable de la navigation touche directement les exportateurs du Golfe, mais aussi les pays qui achètent leur pétrole et leur gaz. C’est précisément ce qui donne à l’Iran un pouvoir de négociation disproportionné par rapport à sa puissance militaire.
Face aux Etats-Unis, Téhéran sait qu’il ne peut pas gagner une guerre conventionnelle. Mais il peut rendre cette guerre extrêmement coûteuse.
Trump semble vouloir laisser le temps agir.
/image%2F1046414%2F20260810%2Fob_abaa97_img-3614-1200x675.jpeg)
Donald Trump, de son côté, paraît avoir compris qu’une nouvelle campagne de bombardements ne garantirait pas nécessairement la réouverture d’Ormuz. Le président américain semble donc vouloir temporiser. «On reste discrets», a-t-il déclaré, selon Axios. «Nous ne faisons que semi-négocier avec eux. Nous nous contentons d’observer l’Iran, avec son inflation galopante et le fait qu’il n’a plus d’argent », a-t-il ajouté.
Cette phrase résume assez bien la stratégie américaine actuelle. Trump regarde l’économie iranienne et semble penser qu’il peut attendre. L’Iran souffre des sanctions, du manque de devises et des difficultés à exporter normalement son pétrole. Plus cette situation dure, plus la pression financière exercée sur le pouvoir iranien augmente.
Pourquoi, dans ces conditions, prendre immédiatement le risque de nouvelles frappes ? Washington peut laisser l’étau économique se resserrer et attendre de voir si Téhéran finit par réduire ses exigences.
Mais l’Iran peut lui aussi attendre.
C’est là que le calcul devient beaucoup plus intéressant. Car les Iraniens observent eux aussi une autre horloge. La fermeture ou la perturbation prolongée d’Ormuz ne coûte pas seulement de l’argent à l’Iran. Elle en coûte également au reste du monde.
Chaque période d’incertitude supplémentaire peut peser sur le prix du pétrole, les assurances des navires, le transport maritime et les chaînes d’approvisionnement. Si le pétrole augmente durablement, les conséquences finissent par arriver à la pompe, dans les entreprises et dans les prix payés par les consommateurs. L’Europe peut en souffrir. Les économies asiatiques aussi.
Et les Etats-Unis ne sont pas totalement protégés. C’est donc un bras de fer assez particulier qui s’installe. Trump parie sur l’épuisement financier de l’Iran. L’Iran parie sur l’impatience économique du reste du monde.
Oman, possible porte de sortie.
Entre les deux adversaires, Oman pourrait une nouvelle fois jouer un rôle important. Mascate entretient depuis longtemps des relations suffisamment bonnes avec Washington et Téhéran pour servir d’intermédiaire lorsque les deux pays ne veulent ou ne peuvent pas se parler directement.
Des discussions concernant les modalités de navigation dans le détroit pourraient donc permettre de commencer par un accord limité. Ce serait probablement la solution la plus réaliste. Plutôt que de chercher immédiatement un grand accord réglant toutes les questions – sanctions, réparations, présence militaire américaine et alliés régionaux, les deux parties pourraient procéder par étapes.
L’Iran pourrait faciliter progressivement la circulation maritime. En échange, Washington pourrait accepter certaines mesures économiques ou financières. Chaque camp pourrait alors présenter le résultat comme une victoire. Trump pourrait dire qu’il a obtenu la réouverture d’Ormuz sans céder aux principales exigences iraniennes. Téhéran pourrait affirmer que la pression exercée dans le détroit a obligé les Etats-Unis à négocier.
Toutes les exigences iraniennes ne se valent pas.
C’est probablement ici qu’il faut distinguer ce qui relève de la position de négociation et ce qui pourrait réellement faire l’objet d’un compromis. La levée de certaines sanctions ou le déblocage d’une partie des avoirs iraniens sont négociables. Washington peut les accorder progressivement et les conditionner au respect d’un accord.
Le retrait des forces américaines de la région est beaucoup plus compliqué. Il toucherait directement à la sécurité des alliés de Washington et à l’équilibre militaire du Golfe. Les réparations de guerre poseraient également un énorme problème politique aux Etats-Unis.
Quant à l’engagement américain de ne plus frapper les alliés de l’Iran dans toute la région, il serait extrêmement difficile à garantir. Il est donc peu probable que Téhéran obtienne tout ce qu’il réclame. Mais il n’a peut-être pas besoin de tout obtenir.
S’il récupère une partie de ses avoirs, obtient un assouplissement significatif des sanctions et reçoit certaines garanties de sécurité, le pouvoir iranien pourrait déjà présenter l’accord à sa population comme une victoire.
Le danger reste l’erreur de calcul.
Il existe néanmoins un problème : cette stratégie fonctionne uniquement tant que les deux camps gardent le contrôle de l’escalade. Un pétrolier touché, une attaque contre une base américaine, des soldats tués ou une opération mal interprétée pourraient tout faire basculer.
Donald Trump pourrait alors considérer que l’attente ne fonctionne plus. Et Téhéran pourrait être obligé de répondre à une nouvelle attaque américaine pour ne pas apparaître affaibli. C’est probablement le principal danger de la situation actuelle. Les Etats-Unis et l’Iran semblent avoir intérêt à négocier, mais aucun des deux ne veut donner l’impression qu’il négocie parce qu’il est faible.
Deux adversaires, deux horloges.
Pour comprendre ce qui se joue aujourd’hui autour d’Ormuz, il faut finalement regarder moins les déclarations que le temps. Washington attend que l’économie iranienne souffre suffisamment pour que Téhéran revoie ses exigences.
Téhéran attend que le coût économique et énergétique de la crise devienne suffisamment important pour que Washington accepte de faire des concessions. Entre les deux se trouvent les pays du Golfe, les pétroliers, les marchés énergétiques et une grande partie de l’économie mondiale.
L’Iran a présenté une facture particulièrement élevée : fin des menaces et des attaques, protection de ses alliés, levée du blocus naval, retrait des forces américaines, réparations de guerre, levée des sanctions et libération des avoirs gelés.
Donald Trump ne semble pas prêt à payer cette facture. Mais, pour l’instant, il ne semble pas non plus vouloir essayer de régler le problème par une nouvelle vague de bombardements. Il préfère attendre. Téhéran aussi.
La bataille autour d’Ormuz pourrait donc se jouer sur une question beaucoup plus simple que toutes les exigences diplomatiques affichées : lequel des deux camps aura besoin d’un accord le premier ?
Rédaction de « Veritasinfo ».