RDF/M23 : Goma rouvre son ciel pendant que le M23 s’effondre au sol !

Publié le par Veritas

Le Mouvement du 23 mars (M23) n’est plus seulement engagé dans une guerre contre l’État congolais. Il est désormais engagé dans une guerre contre lui-même. Minée par des assassinats internes, des luttes de pouvoir, des pertes militaires récentes et une méfiance généralisée au sommet, la rébellion soutenue par le Rwanda apparaît aujourd’hui comme une structure instable, fissurée et en voie d’auto-destruction.

Derrière l’illusion d’un mouvement discipliné se cache une réalité brutale : absence de projet politique cohérent, dépendance militaire extérieure et gouvernance par la peur. Et lorsque la force brute devient l’unique mode de gestion, elle finit toujours par se retourner contre ceux qui l’exercent.

Février : des revers militaires qui font voler en éclats l’unité.

À l’origine de l’actuelle crise interne se trouvent les pertes militaires enregistrées depuis le début du mois de février sur plusieurs axes du front. Selon des sources sécuritaires locales, les forces RDF/M23 ont subi des revers sensibles, tant en hommes qu’en matériels et en positions stratégiques.

Plusieurs dizaines de combattants auraient été neutralisés, parmi lesquels des éléments expérimentés. À ces pertes humaines s’ajoutent des équipements détruits ou capturés : armes, munitions, moyens de communication et véhicules. Pour un mouvement dépendant de lignes d’approvisionnement extérieures, ces pertes logistiques ont été un choc majeur.

Sur le plan territorial, des positions avancées présentées comme sécurisées ont dû être abandonnées, parfois dans la précipitation. Ces replis ont déclenché une onde de panique au sommet du commandement, où chaque échec est immédiatement interprété comme une trahison potentielle. Incapable d’assumer collectivement ses revers, le RDF/M23 a basculé dans une chasse aux coupables, transformant les défaites militaires en purges internes.

Tentative d’assassinat contre Biyoyo : le point de rupture.

C’est dans ce climat de suspicion extrême qu’est survenue la tentative d’assassinat contre le colonel autoproclamé Biyoyo, G1 et figure centrale du dispositif militaire du RDF/M23.

À Rubare, près du marché dit « Chez Sekimonyo », dans le territoire de Rutshuru, sa jeep a été prise pour cible dans une embuscade méthodiquement organisée. Deux gardes du corps ont été abattus sur place. Biyoyo a été blessé à l’épaule.

L’attaque s’est produite dans une zone contrôlée par des combattants du RDF/M23 placés sous le commandement du colonel Zimulinda, proche du général Baudouin Ngaruye. Aucun élément extérieur n’a été signalé.

Tout indique un règlement de comptes interne, révélateur d’un effondrement de la chaîne de commandement. Depuis, la crainte d’une riposte alimente un climat de peur généralisée au sein du mouvement.

Nzénzé contre Mwami Radjabu : le renseignement comme outil d’élimination.

Autre fracture majeure : l’opposition croissante entre Mwami Radjabu et le colonel Nzénzé, aujourd’hui présenté comme le nouvel homme fort du renseignement du RDF/M23.

Selon plusieurs sources, le frère de Mwami Radjabu aurait été exécuté sur ordre de Nzénzé, soupçonné de collaboration avec un camp adverse. Aucune procédure connue. Aucune enquête interne. Une exécution ciblée. Dans ce système, le renseignement n’est plus un outil de protection, mais une arme de purge. La suspicion suffit à condamner. La loyauté est imposée par la peur.

La vengeance recherchée par Mwami Radjabu apparaît ainsi comme le produit direct d’un mouvement où la violence interne est devenue une méthode de gouvernance.

Claude Mpenda : le silence comme sentence.

La disparition de Claude Mpenda, inter-fédéral du parti L’Envol à Goma, vient compléter ce tableau inquiétant. Après une violente altercation dans une boîte de nuit, l’homme s’est volatilisé.

Selon plusieurs sources, il aurait commencé à formuler des revendications sensibles peu avant sa disparition. Depuis, plus aucune trace. Dans l’Est de la RDC, disparaître est souvent une manière de faire taire sans laisser de preuves. Et le silence qui entoure cette affaire renforce les soupçons.

Une initiative diplomatique face à un acteur fragmenté.

C’est dans ce contexte explosif qu’est intervenue l’arrivée à Goma de Vivian van de Perre, cheffe de la MONUSCO. Elle est arrivée via l’aéroport de Goma à bord d’un hélicoptère, en raison de la dégradation persistante de la situation sécuritaire.

Sa mission prévoit plusieurs rencontres et s’inscrit dans le cadre du cessez-le-feu entre Kinshasa et l’AFC/M23, en lien avec le processus de Doha.

Mais sur le terrain, cette initiative se heurte à une réalité préoccupante : le RDF/M23 n’est plus un interlocuteur uni. Fragmenté, affaibli et traversé par des purges internes, le mouvement semble incapable de garantir le respect durable d’un cessez-le-feu.

Une rébellion gouvernée par la peur.

Assassinats internes, vengeances personnelles, pertes militaires et méfiance généralisée : le RDF/M23 est aujourd’hui miné de l’intérieur. Soutien extérieur ou non, aucune rébellion ne survit durablement à une telle désagrégation.

Pendant que les chefs s’affrontent, les populations civiles de l’Est de la RDC continuent de payer le prix d’une guerre sans boussole politique. Le RDF/M23 voulait imposer la peur. Il est désormais gouverné par elle.

Veritasinfo.

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