Sanctions américaines contre l’armée rwandaise : une pression politique alignée sur l’ONU, un risque financier majeur pour Kigali.

Publié le par Veritas

Les États-Unis ont annoncé des sanctions ciblant les Forces de défense rwandaises (RDF) et plusieurs de leurs hauts responsables, accusés de soutenir le Mouvement du 23 mars (M23) dans l’est de la République démocratique du Congo. Washington affirme agir en cohérence avec la résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations unies, qui exige le retrait des forces rwandaises du territoire congolais et la cessation de tout appui au mouvement rebelle.

Contrairement aux débats apparus ces derniers jours, il n’existe pas de contradiction de principe entre la position américaine et celle de l’Organisation des Nations unies : les deux cadres appellent à la fin du soutien au M23. La différence tient aux instruments mobilisés. L’ONU adopte des résolutions ; les États-Unis activent leur arsenal financier. Or, c’est précisément sur ce terrain que l’impact pourrait être le plus significatif.

Une vulnérabilité structurelle : le dollar.

Les sanctions américaines ont une portée qui dépasse largement les frontières des États-Unis. Toute transaction libellée en dollars transite, à un moment ou à un autre, par le système bancaire américain. Cela signifie que les institutions financières internationales sont incitées à éviter toute opération impliquant une entité sanctionnée, sous peine d’exclusion du marché américain. Pour les RDF, cela pourrait compliquer :

  • les paiements internationaux liés à des contrats logistiques ou sécuritaires,
  • l’achat de matériel à l’étranger,
  • les transferts de fonds transitant par des banques correspondantes américaines.

Même si les sanctions visent des entités spécifiques, le « risque de conformité » pousse souvent les banques à adopter une approche prudente, voire à sur-appliquer les restrictions.

Le rôle clé du système SWIFT.

Autre point sensible : le réseau SWIFT, qui assure la messagerie sécurisée entre institutions financières dans le monde entier.

SWIFT lui-même est une coopérative internationale, mais l’expérience récente montre que la pression occidentale peut conduire à restreindre l’accès de certaines entités sanctionnées au système.

Une exclusion formelle est rare et politiquement lourde, mais même sans bannissement officiel, les banques peuvent refuser de traiter les paiements liés à une entité sous sanctions américaines. Dans les faits, cela revient à limiter sa capacité à opérer dans le commerce international.

Effets en cascade

Au-delà des RDF, l’économie rwandaise pourrait subir des effets indirects :

  • renchérissement du coût des transactions internationales,
  • ralentissement des investissements étrangers,
  • prudence accrue des partenaires financiers.

Le Rwanda, qui a construit son image sur la stabilité et l’ouverture économique, pourrait voir cette perception fragilisée si les sanctions s’inscrivent dans la durée.

Missions de paix : un enjeu financier sensible.

En raison des sanctions économiques américaines contre la RDF, l'ONU ne peut pas rémunérer les casques bleus rwandais car ses fonds ont été gelés et sont en dollars.

Le Rwanda est l’un des principaux contributeurs africains aux opérations de maintien de la paix de l’ONU. Ces déploiements génèrent des compensations financières versées aux États contributeurs de troupes.

Si les sanctions compliquent les circuits de paiement ou créent un climat de défiance politique, cela pourrait affecter indirectement cette source de revenus. Même sans exclusion formelle, l’environnement financier deviendrait plus contraignant.

Une pression alignée sur le cadre onusien.

En s’appuyant sur la résolution 2773, Washington cherche à inscrire son action dans un cadre multilatéral. L’objectif affiché est clair : obtenir le retrait des forces rwandaises de la RDC et mettre fin à tout soutien au M23.

La question centrale n’est donc pas celle d’une contradiction entre les États-Unis et l’ONU, mais celle de l’efficacité d’un levier financier devenu, dans le système mondial dominé par le dollar, un instrument de puissance déterminant.

Pour Kigali, l’enjeu dépasse le champ diplomatique. Il touche désormais à l’architecture même de son insertion dans l’économie internationale.

Veritasinfo.

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K
Mais pourquoi ces sanctions ne concernent pas Kagame Paul qui vient d'assassiner plus de 5 presidents et plus de 15,000,000 de congolais.C'est une politique de 2 poids 2 mesures quand Maduro et sa femme sont kidnappes pendant que Ali Khameneyi est tue avec ses collaborateurs. Et notre champion Trump attend toujours le Prix Nobel de la Paix!!!
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