RDC : la mort de la Française Karine Buisset à Goma soulève de nouvelles interrogations après l’attaque de drones.

Publié le par Veritas

La mort de la ressortissante française « Karine Buisset », initialement présentée comme une victime d’une attaque de drones sur la ville de Goma, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), suscite désormais de nombreuses interrogations après les premiers éléments issus d’une autopsie.

Les drones ont frappé le quartier Himbi, visant des résidences suspectées d'abriter les organisations de l’ONU dont l’UNICEF

Les frappes de drones ont visé la ville dans la nuit du 11 mars 2026 vers 4 heures du matin, touchant notamment le quartier Himbi, une zone résidentielle où se trouvent plusieurs habitations utilisées par des organisations internationales. Le bilan provisoire de cette attaque fait état d’au moins trois mortsDans les premières heures suivant l’attaque, plusieurs sources locales avaient indiqué que l’une des victimes était Karine Buisset, une citoyenne française présentée comme membre du personnel de l’UNICEF.

Une autopsie qui remet en cause la version initiale.

Cependant, de nouvelles informations venues de Goma remettent en question la chronologie des événements. Selon des éléments issus de l’autopsie et relayés par des sources locales, la ressortissante française n’aurait pas été tuée par la frappe de drones.

Les examens médico-légaux indiqueraient en effet qu’elle aurait été abattue deux jours avant l’attaque aérienne, ce qui exclurait la possibilité qu’elle ait été directement touchée par les drones. Toujours selon ces rapports, Karine Buisset aurait été enlevée par des soldats rwandais avant sa mort. Elle aurait été détenue pendant plusieurs jours dans une pièce d’un bâtiment situé dans la zone ciblée par la frappe.

D’après ces mêmes sources, elle serait restée environ trois jours en détention, au cours desquels elle aurait été interrogée par ses ravisseurs. Les soldats auraient tenté d’obtenir d’elle des informations sur la position des forces armées congolaises (FARDC) à Goma, demande qu’elle aurait refusé de satisfaire. Elle aurait finalement été abattue deux jours avant l’arrivée des drones, ce qui signifie que son décès serait antérieur à l’attaque aérienne qui a frappé le quartier Himbi.

Accusations croisées autour de l’origine des drones.

Le mouvement rebelle M23 affirme que les drones auraient été lancés depuis la ville de Bukavu, tout en accusant les FARDC d’être responsables de l’opération. Cette version est toutefois contestée par plusieurs observateurs, Bukavu se trouvant dans une zone où les forces gouvernementales congolaises ne seraient pas présentes selon certaines sources locales.

L’attaque intervient également au lendemain de l’annonce par les FARDC d’avoir abattu deux drones dans la région de Minembwe, au Sud-Kivu, un épisode qui marque une escalade technologique dans le conflit qui secoue l’est de la RDC. Par ailleurs, plusieurs témoignages diffusés sur les réseaux sociaux attribuent l’attaque à l’armée rwandaise (RDF), sans qu’aucune confirmation indépendante n’ait pour l’instant été apportée.

Une attaque sur fond de tensions diplomatiques.

Ces événements surviennent dans un contexte diplomatique particulièrement sensible. Le président rwandais Paul Kagame se trouve actuellement à Paris, où il doit rencontrer le président français Emmanuel Macron pour discuter notamment de la situation sécuritaire dans l’est de la RDC. Selon un habitant de Bukavu, le moment choisi pour cette attaque pourrait être lié aux discussions diplomatiques en cours.

«Aujourd’hui Paul Kagame est à Paris pour discuter avec Emmanuel Macron de la guerre dans l’est de la RDC et des sanctions américaines contre l’armée rwandaise. Il y a un enjeu diplomatique important autour de ces discussions », explique-t-il.

Les sanctions américaines fragilisent l’économie rwandaise.

La crise intervient quelques jours après la décision des États-Unis d’imposer des sanctions économiques et restrictions de visas visant la Rwanda Defence Force (RDF) et plusieurs responsables militaires rwandais, accusés de soutenir le mouvement rebelle M23 en RDC.

Le Trésor américain, via l’Office of Foreign Assets Control (OFAC), a notamment sanctionné quatre hauts responsables militaires : Nyakarundi, Karusisi, Muganga et Gashugi. Les mesures incluent un gel des avoirs aux États-Unis et l’interdiction de transactions avec les entités liées à ces responsables. Ces sanctions pourraient avoir des conséquences importantes sur l’économie rwandaise, en raison des liens étroits entre l’armée et plusieurs grandes entreprises du pays.

Un système économique étroitement lié à l’appareil militaire.
Paul Kagame et Emmanuel Macron à Paris ce 10 Mars 2026 ( photo igihe)

Au Rwanda, l’armée ne se limite pas à un rôle sécuritaire. Elle est également impliquée dans plusieurs secteurs économiques stratégiques.

La holding Crystal Ventures, proche du Front patriotique rwandais (FPR), détient des participations dans des domaines variés tels que les mines, l’agroalimentaire, l’énergie et les télécommunications. Des entreprises comme NDP, Inyange ou encore Horizon figurent parmi les sociétés liées à cet écosystème économique.

Parallèlement, Horizon Group, proche du ministère de la Défense, intervient dans les infrastructures et la construction routière, tandis que des structures comme Rwanda Investment Group (RIG) et Multi-Sector Investment Group (MIG) participent à des projets énergétiques et industriels majeurs.

Une crise régionale sous haute tension.

Alors que les responsabilités exactes de la frappe de drones restent à établir, la mort de Karine Buisset et les révélations issues de l’autopsie pourraient compliquer davantage les relations diplomatiques dans une région déjà marquée par une forte instabilité.

Entre accusations militaires, rivalités régionales et pressions économiques internationales, la situation dans l’est de la RDC continue d’alimenter une crise sécuritaire et diplomatique majeure dans la région des Grands Lacs.

Veritasinfo.

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