Rwanda–RDC : Paul Kagame expose les enjeux du nouvel accord de paix et salue la pression américaine.
Au lendemain de l’annonce du nouvel accord de paix entre Kigali et Kinshasa, négocié sous la médiation conjointe des États-Unis et du Qatar, le président rwandais Paul Kagame a accordé une longue interview à Steve Clemons sur Al Jazeera. Une prise de parole rare, dans laquelle le chef de l’État revient sur les origines du conflit, les attentes vis-à-vis de Kinshasa et l’implication « sans précédent » de Washington.
/image%2F1046414%2F20251208%2Fob_b6ae8b_kagame-sur-al-jazzila.jpg)
«Trump a créé une pression qui n’existait pas auparavant».
Dès l’ouverture de l’entretien, Paul Kagame insiste sur le rôle décisif joué par Washington. Selon lui, l’accord n’aurait jamais vu le jour sans l’implication directe du président américain. «Trump a créé une pression qui n’existait pas auparavant», affirme-t-il, évoquant une « première historique » où un président américain s’engage personnellement pour pousser Kigali et Kinshasa à avancer. Pour Kagame, cette pression ciblée constitue une rupture par rapport aux démarches diplomatiques habituelles.
Les racines du conflit : « Nous prévenons depuis des décennies ».
Interrogé sur les causes profondes de l’instabilité dans l’Est congolais, Paul Kagame remonte aux événements de 1994. «Le problème vient du génocide, des flux de réfugiés et des répercussions sécuritaires que nous signalons depuis des décennies », explique le président rwandais. Une lecture qui replace le conflit actuel dans une continuité historique, où Kigali affirme avoir été en position défensive face à des menaces issues de son voisin.
Washington, Doha… et l’Afrique ? Kagame se défend.
Face aux critiques selon lesquelles Kigali aurait préféré des médiations extérieures au détriment des cadres africains — notamment la CIRGL ou la SADC — Kagame dément catégoriquement. «Tshisekedi lui-même est allé au Qatar et a demandé les pourparlers de Doha. Le Rwanda n’a jamais évité les cadres africains», soutient-il.
Selon lui, deux processus parallèles ont travaillé de manière complémentaire :
• La piste de Doha, centrée sur les discussions entre Kinshasa et l’AFC/M23 ;
• La piste de Washington, visant les relations directes Rwanda–RDC. Ces deux dynamiques auraient finalement convergé vers un accord global.
Un accord sans illusions : « L’implémentation compte plus que les promesses ».
Lorsqu’on lui demande si le président Tshisekedi a réellement les moyens de contrôler la situation dans l’Est, Paul Kagame élude, mais lâche une phrase lourde de sens : «L’implémentation compte plus que les promesses.» Une manière de rappeler que le défi principal reste la volonté et la capacité de Kinshasa à stabiliser son propre territoire.
Ressources minières : Kigali rejette les accusations.
Sur la question sensible des minerais extraits en RDC et exportés via le Rwanda — un argument souvent utilisé par Kinshasa et certaines ONG — Kagame est ferme. «Tout ce qui est exporté du Rwanda ne vient pas du Congo», insiste-t-il, rappelant que son pays dispose de tungstène, étain, tantale, lithium, et qu’il développe sa propre filière minière.
Lui-même dénonce un deux poids deux mesures : «Beaucoup de nos voisins commercent bien plus avec la RDC que nous. Pourtant, c’est toujours le Rwanda qui est accusé.»
« On ne peut pas se développer en déstabilisant les autres ».
/image%2F1046414%2F20251208%2Fob_9b40ae_ap25338659897672.jpg)
Le président rwandais se dit lassé des accusations qui persistent contre Kigali. «Il est impossible pour le Rwanda de construire son développement tout en déstabilisant d’autres pays», déclare-t-il, martelant que la stabilité régionale est dans l’intérêt direct de Kigali.
Un accord «différent des précédents ».
Pour Paul Kagame, la nouveauté de ce processus repose sur plusieurs facteurs :
- Une pression américaine inédite
- Un engagement fort du Qatar
- De nouveaux mécanismes de suivi et d’obligation de résultats
- Une « première étape franchie ensemble » par Kigali et Kinshasa.
« Personne ne peut garantir 100 %, mais cette fois nous avons un cadre, un chemin et des acteurs qui nous demanderont des comptes », souligne-t-il.
« L’Histoire jugera ce moment ».
L’interview se conclut sur un échange solennel. Steve Clemons lui dit : « L’Histoire jugera ce moment. » Kagame répond : « Nous allons utiliser cette opportunité du mieux possible. » Une déclaration qui reflète à la fois la prudence et la volonté d’inscrire ce nouvel accord dans une dynamique durable.
Veritasinfo.