RDC–Rwanda : Kinshasa dénonce une « violation flagrante » de l’accord de Washington et alerte sur une escalade régionale.

Publié le par Veritas

En République démocratique du Congo, l’état-major des Forces armées (FARDC) a publié ce vendredi un communiqué particulièrement sévère à l’égard du Rwanda. Le document accuse Kigali et les supplétifs du mouvement armé M23 de «multiplication des bombardements » sur des localités congolaises de la plaine de la Ruzizi, quelques heures seulement après la signature de l’accord de paix de Washington, conclu le 4 décembre 2025 sous médiation américaine.

le général-major Sylvain Ekenge

Des bombardements «à l’artillerie lourde» dénoncés par Kinshasa.

Selon le communiqué signé par le général-major Sylvain Ekenge, les tirs seraient partis de la zone de Bugarama, en territoire rwandais, visant particulièrement l’axe Kamanyola–Uvira, dans l’est de la RDC. Kinshasa parle de «crimes odieux», évoquant des victimes civiles et des destructions d’infrastructures, dont des écoles, des centres de santé et des habitations.

Pour les autorités congolaises, ces attaques constituent non seulement des crimes de guerre, mais aussi une preuve de la volonté du Rwanda de saboter le processus de paix, malgré les engagements actés à Washington devant témoins internationaux.

Rupture de confiance après l’accord de Washington.

L’accord, présenté comme une percée diplomatique majeure par les États-Unis, prévoyait une cessation immédiate des hostilités, un mécanisme de désengagement militaire et une reprise des pourparlers bilatéraux. En accusant Kigali de reprendre les offensives moins de 48 heures après la signature, Kinshasa estime que le document est désormais « vidé de sa substance ».

Cette situation fragilise considérablement le rôle de Washington, qui avait mis tout son poids dans cette médiation. Elle ouvre également la voie à une réévaluation des engagements diplomatiques régionaux, notamment ceux de l’EAC (Communauté d’Afrique de l’Est) et de l’Union africaine.

À Kigali, un silence stratégique mais lourd de conséquences.

Jusqu’à présent, les autorités rwandaises n’ont pas officiellement réagi à ces accusations. Mais plusieurs sources diplomatiques régionales indiquent que Kigali considère l’accord de Washington comme « déséquilibré» et « imposé», notamment en ce qui concerne les clauses liées au M23.

Si les bombardements dénoncés par Kinshasa se confirment, il s’agirait d’un revers diplomatique majeur pour le gouvernement rwandais, susceptible d’isoler davantage le pays sur la scène internationale.

Un risque de contagion régionale.

Nord-Kivu : deux positions des rebelles de l'AFC/M23 ciblées par des frappes aériennes des FARDC à Masisi centre ce dimanche

Cette reprise des hostilités ravive les craintes d’un embrasement régional, alors que la bande frontalière RDC–Rwanda–Burundi est déjà marquée par une forte instabilité. Trois conséquences majeures se dessinent :

1. Pressions diplomatiques accrues sur Kigali.Washington, l’Union européenne et plusieurs capitales africaines pourraient revoir leur position vis-à-vis du Rwanda, accusé à nouveau de soutenir activement le M23. Une révision de l’aide militaire ou de la coopération sécuritaire n’est plus exclue.

2. Renforcement du sentiment anti-rwandais dans la région. Les attaques dénoncées par Kinshasa risquent d’alimenter les tensions déjà vives entre les populations des zones frontalières. Le communiqué parle d’un « énième pogrom » et mobilise une rhétorique montrant la crispation croissante entre les deux pays.

3. Réactivation des alliances militaires régionales. Le Burundi, déjà impliqué indirectement dans le conflit via certaines opérations dans le Sud-Kivu, pourrait resserrer encore davantage son dispositif sécuritaire. L’Angola, garant de l’accord de Washington, pourrait également exiger une enquête internationale.

Kinshasa promet de « faire échec aux velléités bellicistes ».

Les FARDC, dans leur communiqué, assurent la population de leur détermination à « se battre jusqu’au sacrifice suprême » pour protéger les civils. Une formulation rare, qui illustre la gravité du moment et la possibilité d’une riposte militaire élargie.

Si les accusations portées par Kinshasa se confirment, la signature de Washington pourrait devenir l’un des épisodes diplomatiques les plus brefs de la région des Grands Lacs. Pour l’heure, la situation reste volatile et imprévisible, avec un risque élevé de détérioration rapide, tant sur le plan militaire que diplomatique.

Veritas Info.

Publicité
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article