RDC : confusion entre alliés au Sud-Kivu et avancée du M23/RDF malgré l’accord de Washington.
Dans la plaine de la Ruzizi et les hauts plateaux du Sud-Kivu, les combats survenus début décembre 2025 ont mis en lumière une profonde désorganisation entre les forces qui soutiennent Kinshasa. Alors que l’armée congolaise (FARDC), leurs alliés burundais (FDNB) et les groupes Wazalendo tentent de contenir l’avancée du RDF/M23, des incidents répétés de « tirs amis » et des retraits non coordonnés ont fragilisé le front. Une situation qui a permis aux rebelles du M23, appuyés par les RDF (forces rwandaises), de reprendre plusieurs positions stratégiques quelques jours seulement après la signature d’un accord de paix à Washington.
Un champ de bataille marqué par la confusion.
Selon plusieurs sources militaires et humanitaires locales consultées par Veritasinfo, les incidents se sont multipliés autour d’Uvira, Kamanyola, Kaziba et Walungu, des zones déjà instables depuis plus d’un an. Dans la journée du 8 décembre, une unité burundaise positionnée près de Kamanyola a été la cible de tirs venus de positions tenues par les FARDC. Des échanges nourris auraient duré plusieurs minutes, provoquant la mort de plusieurs soldats burundais.
Les FDNB, déployées depuis 2022 pour sécuriser la frontière et soutenir Kinshasa contre les groupes armés, ont alors opéré un repli d’urgence, abandonnant des collines stratégiques. Un officier burundais ayant requis l’anonymat confie : «Nous n’avons reçu aucune notification de repositionnement des FARDC. Nos lignes se sont retrouvées sous le feu ami. Dans ces conditions, nous ne pouvions pas tenir.»
Wazalendo désengagés, tensions avec Kinshasa.
Sur d’autres axes, notamment autour de Kaziba et Walungu, les milices Wazalendo – supplétifs communautaires souvent essentiels dans les combats au sol – se sont retirées après avoir appris que le président Félix Tshisekedi refusait d’officialiser une déclaration de guerre contre le Rwanda. Un commandant Wazalendo de Bukavu résume ce sentiment : «Nos jeunes ne comprennent pas comment on peut signer un accord de paix à Washington alors que nous sommes sous le feu du M23 et des RDF. Pour eux, c’est une trahison. » Ces retraits brusques ont ouvert d’importantes brèches dans le dispositif des FARDC.
Le M23/RDF profite du chaos tactique.
Les colonnes du RDF/M23, soutenues par des unités combattantes et de reconnaissance des RDF, ont avancé rapidement sur plusieurs axes, reprenant des collines tenues depuis des mois par les FARDC et leurs alliés. Parmi les localités passées sous contrôle rebelle entre le 2 et le 8 décembre :
- Kaziba
- Des villages du secteur de Walungu
- Plusieurs collines surplombant Kamanyola
- Des positions autour de la Ruzizi, ouvrant potentiellement la voie vers Uvira
Un analyste sécuritaire basé à Nairobi estime : «Les divisions internes dans le camp pro-Kinshasa ont offert au M23/RDF ce que leur puissance de feu ne suffisait pas à obtenir: des lignes désorganisées et un commandement fragmenté.»
Dans la seule semaine du 1ᵉʳ au 7 décembre, entre 19 et 30 civils auraient été tués selon des organisations locales. Des milliers d’habitants ont fui vers Kamanyola, Luvungi ou la frontière burundaise. Dans la plaine de la Rusizi, des ONG évoquent une situation « hors contrôle », faute d’accès humanitaire sécurisé.
Un accord de Washington contesté sur le terrain.
Le 4 décembre, Félix Tshisekedi et Paul Kagame avaient officiellement entériné à Washington un nouvel accord présenté comme une étape majeure vers la désescalade. Mais sur le terrain, l’annonce a provoqué un choc parmi les combattants congolais et les milices alliées. Plusieurs officiers FARDC interrogés estiment que l’accord a été annoncé « sans directives claires », ce qui a accentué la méfiance et la confusion. Un diplomate de la région résume : «L’accord de Washington a été perçu comme un signal contradictoire : on parle de paix pendant que les combats s’intensifient. Le RDF/M23 en a profité immédiatement.»
Tableau comparatif des forces en présence.
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Acteur |
Objectif |
Difficultés |
Situation récente |
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FARDC |
Contenir le RDF/M23, protéger les axes Uvira–Bukavu |
Coordination fragile, erreurs tactiques |
Recul sur plusieurs lignes |
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FDNB (Burundi) |
Soutien militaire et sécurisation de la frontière |
Victimes de tirs amis, repli stratégique |
Positions abandonnées autour de Kamanyola |
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Wazalendo |
Défense locale et appui aux FARDC |
Indiscipline, rupture de confiance avec Kinshasa |
Retrait de plusieurs localités |
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M23/RDF |
Expansion territoriale et prise d’axes stratégiques |
Pression internationale après Washington |
Avancées rapides vers Uvira et Kaziba |
Une désunion qui change l’équilibre du front.
Ce début décembre 2025 restera marqué, selon un responsable sécuritaire de Bukavu, comme : «La semaine où l’alliance FARDC–FDNB–Wazalendo a volé en éclats, offrant au M23/RDF un avantage décisif». Pour les experts régionaux, la reconquête des positions perdues nécessitera non seulement des renforts, mais surtout une réforme urgente de la coordination entre les armées alliées, sous peine de voir le RDF/M23 étendre encore davantage son contrôle dans le Sud-Kivu.
Ceux qui comprennent la langue kirundi peuvent cliquer ici pour mieux comprendre la raison pour laquelle les FDNB se sont retirées de leurs positions au Sud-Kivu.
Veritasinfo.