RDC : l’appel de Thérèse Kayikwamba à sanctionner le Rwanda met en lumière les limites opérationnelles de l’accord-cadre AFC/M23.
Au sommet Afrique – Europe de Luanda, la ministre congolaise des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, a dénoncé la poursuite des combats dans l’Est de la RDC malgré la signature à Doha d’un accord-cadre entre Kinshasa et l’AFC/M23. Face à ce qu’elle qualifie de «frustration », elle appelle l’Union européenne à sanctionner le Rwanda. Une prise de parole qui révèle les fragilités militaires d’un processus de désescalade encore théorique.
Un accord-cadre avant tout technique, sans impact immédiat sur les lignes de front.
Signé à Doha, le document paraphé entre les autorités congolaises et l’AFC/M23 n’a pas la portée d’un accord de paix. Il définit huit axes de négociation – cessez-le-feu, mécanismes humanitaires, désarmement, retour des déplacés, restauration de l’État, justice transitionnelle –, mais aucun de ces protocoles n’est encore opérationnel.
Selon plusieurs sources sécuritaires, aucune structure de vérification conjointe, aucun corridor humanitaire sécurisé et aucun dispositif d’interposition n’ont été déployés sur les principales zones de contact. Dans ces conditions, le statu quo militaire prévaut : chaque camp cherche à maintenir ou à améliorer ses positions, en anticipation des discussions futures.
Pourquoi les combats se poursuivent dans le Nord-Kivu.
Sur le terrain, les hostilités restent actives dans plusieurs secteurs : Masisi (Kitsanga, Kilolirwe), Rutshuru (Tongo, Bunagana), Walikale (axe Ndjingala – Kibua). Les FARDC et les milices Wazalendo poursuivent leurs opérations, parfois de manière non coordonnée, tandis que l’AFC/M23 cherche à consolider ses lignes logistiques et ses zones-tampons.
Les deux camps s’accusent mutuellement de violations du cessez-le-feu, mais aucune autorité neutre n’est présente pour documenter ou arbitrer ces incidents. La rébellion affirme que «rien ne change tant que l’accord final n’est pas conclu» : un message qui confirme que la dynamique militaire reste déterminante, malgré les avancées diplomatiques.
La position de Kayikwamba Wagner : transformer un blocage opérationnel en pression internationale.
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— Rugaba Patrick (@PatrickRugaba) November 25, 2025
À Luanda, Thérèse Kayikwamba Wagner met en avant l’écart entre la signature de Doha et la réalité des combats. Elle évoque une situation « frustrante », pointant une absence de respect des engagements. Cette communication vise à repositionner la RDC sur deux fronts :
- Front diplomatique externe : obtenir un soutien plus ferme de l’UE, notamment en matière de sanctions.
- Front interne : montrer que Kinshasa ne reste pas passif face à la persistance des opérations militaires hostiles.
La ministre cherche à inscrire les affrontements en cours dans une logique de responsabilité internationale, en invoquant notamment les rapports d’experts qui ont documenté le soutien présumé du Rwanda au M23.
Pourquoi cibler Kigali : les arguments avancés par Kinshasa.
Depuis la résurgence de l’insurrection en 2021, plusieurs rapports d’experts onusiens décrivent :
- des traversées de troupes depuis le Rwanda,
- des livraisons de matériel militaire,
- un usage du territoire rwandais comme arrière-base logistique.
Kigali rejette ces accusations. Mais pour Kinshasa, le contexte justifie une pression accrue de l’Union européenne. La diplomatie congolaise demande :
- la suspension de la coopération militaire avec le Rwanda,
- des sanctions individuelles,
- un embargo sur les minerais étiquetés «rwandais», jugés en partie issus de contrebande depuis l’Est congolais.
L’objectif est d’influencer indirectement les capacités opérationnelles du M23 en réduisant les ressources diplomatiques et économiques de son supposé allié.
Luanda : une tentative de recentrer le débat sur les enjeux sécuritaires africains-européens.
Le sommet Afrique – Europe offre un cadre où la RDC peut lier la situation militaire de l’Est aux intérêts européens dans les chaînes d’approvisionnement en minerais stratégiques. Pour Kinshasa, obtenir un signal clair sur d’éventuelles sanctions renforcerait sa marge de manœuvre dans les négociations avec le M23.
Dans un contexte où aucune avancée majeure n’a été observée sur les lignes de front depuis la signature de Doha, la diplomatie congolaise cherche à internationaliser un conflit qui reste largement déterminé par des dynamiques locales et régionales.
Une diplomatie de rappel plutôt qu’un changement stratégique.
L’appel de Kayikwamba Wagner ne modifie pas immédiatement les équilibres militaires dans l’Est du pays. Mais il remet en lumière le décalage persistant entre une architecture diplomatique en construction et des réalités opérationnelles inchangées.
Derrière le discours de Luanda, une réalité demeure:
tant qu’aucun mécanisme de vérification, d’interposition ou de cantonnement n’est déployé, la guerre continuera de dicter le tempo, indépendamment des accords signés.
Veritasinfo.