Pression accrue sur la rébellion AFC/M23 : entre redditions massives et combats persistants dans l’est de la RDC.
Ce vendredi 7 novembre 2025, les forces gouvernementales de la Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), épaulées par les milices locales dites «wazalendo», ont annoncé le transfert à Kisangani (province de la Tshopo) de 72 combattants de la rébellion AFC/M23, qui s’étaient rendus et étaient cantonnés à Walikale centre, dans le Nord-Kivu. Cette opération – la cinquième vague de redditions en un mois, portant à environ 500 le total des combattants transférés – est interprétée comme le signe d’une mise à rude épreuve de la rébellion.
Détail des événements.
Selon le major Dieudonné Kasereka, porte-parole de la 34ᵉ région militaire, ces 72 combattants ont «choisi» d’abandonner l’AFC/M23 sous la contrainte de la pression militaire sur plusieurs fronts dans le Nord-Kivu. Le transfert s’est fait depuis l’aérodrome de Kigoma, à Walikale centre. Le fait que ce soit la cinquième vague de redditions en plus d’un mois montre, selon l’armée, que « la tenue est de plus en plus difficile pour les rebelles sur les lignes de front».
Jusqu’à présent, la rébellion ne s’est pas officiellement exprimée sur ces redditions. Dans le même temps, on observe un calme relatif s’installer — du moins en apparence — après la signature d’un mécanisme de surveillance du cessez-le-feu, suite à des bombardements aériens de l’armée contre des positions rebelles notamment dans les territoires de Walikale et Masisi (Nord-Kivu), ainsi que Fizi et Mwenga (Sud-Kivu).
Zones de combats très chaudes.
Pour comprendre l’arrière-plan de cette dynamique, il est utile de rappeler que plusieurs zones stratégiques à l’est de la RDC ont connu des combats intenses :
- Le territoire de Masisi (Nord-Kivu) : des affrontements d’envergure entre l’AFC/M23 et les « wazalendo » ont été signalés notamment à Kalembe/Kalonge et Kashuga.
- Le territoire de Walikale lui-même : la prise de la localité de Walikale par l’AFC/M23 avait été documentée en mars 2025.
- Le territoire de Mwenga (Sud-Kivu) : des incursions des rebelles ont été enregistrées, jusqu’à Kalama et Mufa.
L’essoufflement de la rébellion ?
Le transfert de 72 combattants, sur un total d’environ 500 redditions récentes, peut être interprété comme un signe de fragilisation du camp rebelle : les combattants se rendent plutôt que de combattre, ce qui laisse penser que la pression militaire et l’usure sont en train de peser. Le fait que les militaires parlent d’une «la tenue devient de plus en plus difficile » pour l’AFC/M23 renforce cette interprétation.
Cependant, il serait prématuré d’affirmer que la rébellion est «en train de s’essouffler» de façon irréversible. Plusieurs éléments militent en sens inverse :
- L’AFC/M23 continue de mener des attaques malgré le cessez-le-feu, par exemple dans les territoires de Walikale et Masisi.
- Les zones de combat restent très actives, ce qui traduit que ce n’est pas une capitulation générale mais peut-être une adaptation tactique.
- Le silence de la rébellion sur les redditions n’indique pas de recul officiel ou public, ce qui évite une crise interne affichée.
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Ainsi, ce que l’on observe davantage est un raffermissement de la pression gouvernementale, tant militaire que politico-diplomatique, qui contraint la rébellion et provoque des effets visibles (redditions, cantonnement, retrait stratégique). Mais cela ne signifie pas encore un effondrement complet de l’AFC/M23.
Perspectives.
- Si cette dynamique de redditions se poursuit et s’amplifie, cela pourrait effectivement indiquer un tournant : la capacité de combat de la rébellion pourrait s’éroder, ses lignes d’approvisionnement et de repli se fragiliser.
- Il faudra surveiller de près d’autres indices : pertes importantes de terrain, désorganisation interne, mutineries ou fissures dans l’appareil de commandement rebelle.
- Sur le plan gouvernemental, le défi reste de maintenir la pression, mais aussi de consolider les territoires reconquis, d’assurer la sécurité des civils et de prévenir un rebond rebelle ou une fragmentation de l’AFC/M23 vers d’autres formes de lutte.
Le transfert de ces 72 combattants est un symbole fort de l’impact de la stratégie du gouvernement congolais et des milices «wazalendo». Il marque un tournant de nature tactique. Mais que l’on n’interprète pas encore ce signal comme la fin de l’AFC/M23 : la rébellion reste encore active, et l’épreuve n’est pas encore terminée. Le tableau est donc celui d’un conflit qui pèse sur la rébellion, mais qui reste loin d’être terminé.
Veritasinfo.