Bintou Keïta quitte la MONUSCO : entre retrait onusien et tensions diplomatiques avec Kigali.
Le départ prématuré de Bintou Keïta, cheffe de la Mission des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO), marque un tournant décisif dans la relation entre Kinshasa, l’ONU et ses voisins. Alors que la mission vit ses derniers mois d’existence, de nouvelles tensions surgissent : cette fois, c’est le ministre rwandais des Affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe, qui s’invite dans le débat, accusant la MONUSCO d’avoir formé des soldats congolais.
Une mission en fin de parcours.
Officiellement, le départ anticipé de Bintou Keïta s’inscrit dans un processus de désengagement progressif convenu entre les Nations unies et le gouvernement congolais. Depuis décembre 2022, un plan de transition en dix-huit étapes a été mis en œuvre, prévoyant la réduction des groupes armés, le renforcement des capacités nationales et la tenue d’élections crédibles. Pour la cheffe de mission, il s’agit d’un retrait «digne et ordonné», permettant à l’État congolais de reprendre la pleine responsabilité de sa sécurité. Elle l’a souvent rappelé : la MONUSCO travaille à « sa propre disparition ». Mais cette sortie, qui devait se dérouler dans le calme, se trouve aujourd’hui éclipsée par de vives critiques venues du Rwanda.
Kigali accuse la MONUSCO d’armer Kinshasa.
Suite à l’annonce selon laquelle la MONUSCO a récemment formé 120 militaires congolais à l’usage de nouvelles armes, de drones et aux premiers secours militaires, le ministre rwandais des Affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe, a vivement réagi. Selon lui, cette initiative dépasse le mandat initial de la mission onusienne, qui devrait se limiter à la protection des civils et au maintien de la paix, et non à l’armement ou à la formation des FARDC.
«Former des soldats congolais, c’est prendre le risque d’armer indirectement ceux qui collaborent avec les FDLR», a-t-il déclaré, insinuant que ces armes pourraient être utilisées dans des violations de la paix dans la région.
Ces accusations interviennent dans un climat déjà tendu, alors que Kigali est lui-même accusé par Kinshasa et plusieurs rapports onusiens d’apporter un soutien militaire au mouvement rebelle M23-AFC, actif dans l’est du Congo. Une ironie que beaucoup n’ont pas manqué de souligner : le ministre rwandais, prompt à dénoncer les formations offertes par la MONUSCO, se garde bien d’évoquer les opérations militaires de son propre pays au-delà de ses frontières.
En rappelant les 26 années de présence de la MONUSCO, Olivier Nduhungirehe a estimé que la mission onusienne « n’a pas apporté la paix » et que, au contraire, de nouveaux groupes armés ont émergé tandis que les FDLR se sont renforcées. Ces propos s’inscrivent dans la ligne habituelle de Kigali, qui présente la présence des FDLR sur le sol congolais comme une menace directe pour sa sécurité, tout en niant toute implication dans les violences commises par le M23.
Pour plusieurs observateurs, ces déclarations du chef de la diplomatie rwandaise visent à détourner l’attention internationale du rôle joué par son pays dans la déstabilisation de l’est congolais. En d’autres termes, Kigali tente de transformer la MONUSCO en bouc émissaire, au moment même où cette dernière prépare sa sortie.
Un départ aux résonances géopolitiques.
Le départ de Bintou Keïta ne se limite donc pas à une simple réorganisation administrative au sein de l’ONU : il illustre les fractures profondes entre acteurs régionaux et internationaux autour du dossier congolais. Alors que Kinshasa espère recouvrer pleinement sa souveraineté, Kigali multiplie les signaux d’inquiétude, et les Nations unies cherchent à quitter le pays sans laisser un vide sécuritaire.
Mais une chose est sûre : la sortie de scène de Bintou Keïta, sur fond d’accusations rwandaises et de retrait controversé, marque la fin d’un cycle et le début d’une période d’incertitude. La question désormais est claire : qui, après la MONUSCO, assumera réellement la paix dans l’est du Congo ?
Veritasinfo.