RDC-Tensions à Uvira : Échec de la réunion entre FARDC et Wazalendo, la ville au bord de la rupture.
Uvira, Sud-Kivu – 07 septembre 2025. La situation sécuritaire dans la ville d’Uvira reste extrêmement tendue après l’échec cuisant de la réunion de réconciliation tenue le samedi 6 septembre entre les Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) et les groupes armés dits Wazalendo.
L’objectif de cette rencontre, qui devait apaiser les tensions croissantes entre les deux parties, s’est soldé par une impasse. Les discussions, pourtant cruciales pour la stabilité de la région, n’ont abouti à aucun consensus. Au centre du blocage : le refus catégorique des Wazalendo d’accepter le général Olivier Gasita à un poste clé dans la région.
À l’issue de cette réunion avortée, le général William Yakutumba, figure influente des Wazalendo, a lancé une mise en garde sans détour à l’État congolais : «L’État de la RDC doit prêter une attention particulière au problème de mésentente entre les FARDC et les Wazalendo, qui deviennent de plus en plus visible dans la ville d’Uvira. Si ce problème n’est pas résolu rapidement et de manière appropriée, l’État risque de perdre cette ville, comme cela a été le cas pour Bukavu et Goma.»
Le général Yakutumba accuse par ailleurs les autorités militaires de favoritisme ethnique, ce qui, selon lui, mine tout effort de collaboration. Il rejette fermement la nomination du général Olivier Gasita à Uvira:
«Nous les Wazalendo, nous disons clairement que ce général nommé Gasita ne sera pas accepté ici à Uvira ; car, lorsqu’ils ont vendu la ville de Bukavu, Gasita faisait partie des généraux qui ont prononcé un discours à Luvungi en appelant les Wazalendo à laisser passer les rebelles du M23. Le même Gasita était commandant à Kindu, il ne voulait pas regarder des Wazalendo dans ses yeux. Quelques jours passés, il a tué plus de 25 Wazalendo là-bas, c’était le 14 août 2025. [...] Nous demandons au gouvernement central de nous envoyer une autre personne.»
Revendications des Wazalendo.
Durant la réunion, les représentants des milices ont présenté trois principales exigences :
- Le retrait immédiat du général Olivier Gasita de ses fonctions à Uvira.
- La fermeture de la frontière et du port d’Uvira dès lundi prochain, une mesure qui pourrait asphyxier économiquement la région.
- L’extension du mouvement «ville morte» pour accentuer la pression sur le gouvernement.
Une société civile mobilisée.
Pourquoi les gens ont juste pris la partie du gen YAKUTUMBA? La soc civile d'Uvira devant le maire de ville, dit que la pop est prête à faire même 1mois sans travailler si le Gen Gasita reste à Uvira. La semaine prochaine sera le tour de la soc civile de Kalemi de refuser Gasita pic.twitter.com/EZ4bGpqwPf
— JulesM Nationaliste (@JulesMNational) September 6, 2025
La société civile d’Uvira s’est rangée derrière les revendications des Wazalendo. Plusieurs organisations locales, dont la Nouvelle Société Civile Congolaise (NSCC), la SOCICO et le SCNC, ont exprimé leur rejet du général Gasita et leur soutien à Yakutumba.
Le coordinateur du SCNC, Serge Kigwati, a déclaré : « La société civile se range dans la logique de la population. Si Gasita reste, les journées ville morte continueront, même pendant un mois. »
Des mobilisations similaires ont été annoncées dans des localités voisines comme Baraka, et Kalemie pourrait suivre.
Un climat de méfiance entre alliés supposés.
Initialement partenaires dans la lutte contre les rebelles du M23/AFC, les Wazalendo et les FARDC apparaissent désormais comme deux entités en conflit ouvert. Les Wazalendo accusent l’armée régulière et la police nationale congolaise (PNC) de complicité ou d’hostilité à leur égard.
- Des barrières de contrôle ont été dressées dans plusieurs quartiers dans la ville d’Uvira par les Wazalendo.
- Des journées ville morte perturbent gravement les activités scolaires et commerciales.
- Le climat est si tendu qu’il règne une confusion sécuritaire totale, certains habitants affirmant même que des militaires auraient traversé la frontière vers le Burundi – une affirmation non confirmée.
Vers une rupture institutionnelle ?
#RDC: “Nous avons trouvé la ville d’#Uvira sans policier, les #FARDC et la #PNC se sont réfugiées au #Burundi fuyant l’#AFC/#M23. Raison pour laquelle, nous avons décidé de protéger la population en formant notre propre Police #Wazalendo” 👇👇👇 pic.twitter.com/CRzobbrXBa
— Steve Wembi (@wembi_steve) September 6, 2025
Le refus des Wazalendo d'obéir au commandement militaire formel, combiné à l'échec du dialogue, place la ville d’Uvira au bord d’une rupture entre pouvoir central et pouvoir local. La création informelle d’une «police Wazalendo » pour sécuriser certains quartiers illustre le vide sécuritaire grandissant.
Uvira, prochaine ville à tomber ?
Les propos du général Yakutumba et les mobilisations populaires massives laissent craindre une déstabilisation imminente d’Uvira, si aucune solution politique et militaire n’est trouvée rapidement. Alors que Bukavu et Goma sont déjà passées sous contrôle rebelle ou contesté, le sort d’Uvira pourrait suivre, à moins que Kinshasa ne réagisse de manière claire et apaisante. « Nous regrettons beaucoup... nous ne l’acceptons pas ici à Uvira. » – Général Yakutumba.
La Rédaction de «Veritasinfo».