RDC : décès du général Daniel Mwaku Mbuluku, commandant de la 33e région militaire à Uvira.
Le général de brigade Daniel Mwaku Mbuluku, commandant de la 33e région militaire des FARDC basée à Uvira, est décédé le 12 septembre 2025 des suites d’un malaise soudain. Transporté à l’hôpital général d’Uvira, il n’a pas survécu. Sa dépouille a été transférée à Kinshasa où des obsèques nationales doivent lui être rendues.
Cette disparition brutale prive l’armée congolaise d’un chef respecté au moment où le Sud-Kivu vit sous la menace croissante des rebelles de l’Alliance Fleuve Congo (AFC/M23). Depuis février, la ville de Bukavu, capitale historique de la province, est tombée aux mains du mouvement rebelle, obligeant l’État congolais à transférer provisoirement le chef-lieu administratif du Sud-Kivu à Uvira, dernière grande ville encore sous contrôle des FARDC.
Un chef militaire respecté, emporté en pleine mission.
À la tête de la 33e région militaire, le général Mwaku Mbuluku incarnait un commandement de proximité. « C’était un chef qui ne restait pas dans son bureau, il venait souvent sur les lignes de front pour nous encourager », témoigne un capitaine basé à Sange.
Sa mission consistait à défendre Uvira, devenue la nouvelle capitale provinciale, et à contenir les incursions rebelles dans les hauts plateaux. Sa mort laisse un vide opérationnel majeur dans une région où les FARDC sont déjà fragilisées par des revers militaires.
Un contexte de guerre prolongée
Depuis trois ans, le M23 a repris les armes au Nord-Kivu, s’emparant de vastes territoires avec, selon Kinshasa et plusieurs rapports onusiens, l’appui militaire du Rwanda.
Le 27 janvier 2025, le mouvement a franchi un cap historique en prenant le contrôle de Goma (Nord-Kivu). Puis, le 14 février 2025, c’est Bukavu (Sud-Kivu) qui est tombée, créant une onde de choc nationale et internationale.
Désormais, toute l’attention se porte sur Uvira, dernier bastion encore sous contrôle des FARDC dans le Sud-Kivu, défendue conjointement par l’armée congolaise et des unités de l’armée burundaise, déployées dans le cadre d’un accord bilatéral.
Chronologie de la chute de Goma, Bukavu et la défense d’Uvira
- Novembre 2023 – Janvier 2024 : intensification des offensives du M23 au Nord-Kivu.
- Avril – Juin 2024 : encerclement progressif de Goma.
- 27 janvier 2025 : chute de Goma (Nord-Kivu) aux mains du M23/AFC.
- 14 février 2025 : chute de Bukavu (Sud-Kivu) après une percée rebelle par Kalehe.
- Mars – septembre 2025 : Uvira, soutenue par les FARDC et l’armée burundaise, devient le chef-lieu provisoire du Sud-Kivu et résiste malgré les menaces constantes.
Aujourd’hui, Uvira est considérée comme le dernier rempart stratégique du Sud-Kivu face au M23. Sa chute ouvrirait la route vers le Katanga et fragiliserait toute la partie orientale de la RDC.
Olivier Gasita, un adjoint contesté.
Avec la disparition du général Mwaku, son adjoint, Olivier Gasita, chargé des opérations et du renseignement, se retrouve en première ligne.
Mais sa nomination avait déjà provoqué des manifestations à Uvira. Des accusations – jamais prouvées – le soupçonnent de collusions avec des groupes armés. « Nous ne faisons pas confiance à Gasita. Beaucoup ici pensent qu’il n’est pas loyal à la population », déclare un membre de la société civile locale.
Malgré ces contestations, il demeure le principal responsable militaire en place.
Réactions internationales.
La mort du général a suscité une onde de réactions au-delà des frontières congolaises :
- ONU : la MONUSCO a salué un « partenaire de confiance » et rappelé la nécessité de protéger les civils.
- Union africaine : le nouveau président de la Commission, Mahamoud Ali Youssouf, a présenté ses condoléances et appelé à « une solidarité africaine accrue pour aider la RDC à restaurer sa souveraineté ».
- États-Unis et Union européenne : dans un communiqué conjoint, ils ont réaffirmé leur soutien aux FARDC et condamné « toute ingérence étrangère ».
- Rwanda : silence officiel, mais plusieurs analystes estiment que le M23 pourrait chercher à profiter de ce moment de fragilité.
Un climat d’inquiétude à Uvira.
Dans les rues d’Uvira, tristesse et crainte se mêlent. « On l’aimait ici, il parlait avec les gens, il comprenait nos problèmes », raconte un commerçant du quartier Kavimvira.
Un sous-officier basé à Baraka résume l’état d’esprit des militaires : « C’est une grande perte, surtout maintenant que nous sommes la dernière ligne de défense du Sud-Kivu ».
Un tournant pour Kinshasa
À Kinshasa, les autorités ont promis des obsèques nationales pour « honorer un officier tombé au service de la patrie ». Mais l’essentiel reste à venir : désigner un successeur capable de maintenir la cohésion des troupes et de protéger Uvira, dernier rempart face à l’avancée des rebelles.
La mort du général Mwaku Mbuluku ne symbolise pas seulement la perte d’un homme : elle cristallise les incertitudes d’une armée en crise, d’une province en sursis et d’un pays dont l’Est reste le théâtre d’un conflit aux dimensions régionales.
Veritasinfo.