UE-Rwanda : Le Parlement européen hausse le ton face à Kigali et exige la libération de Victoire Ingabire.

Publié le par Veritas

Le Parlement européen a adopté, jeudi 11 septembre 2025, une résolution d’urgence condamnant la répression politique au Rwanda. Le texte, voté à une large majorité, réclame la libération immédiate de Victoire Ingabire, figure emblématique de l’opposition, arrêtée le 19 juin dernier à Kigali.

Victoire Ingabire Umuhoza au Tribunal de première instance de Kicukiro (photo Imvaho)

Une voix critique réduite au silence.

À la tête du parti DALFA-Umurinzi, formation non reconnue par les autorités, Victoire Ingabire incarne depuis plus de quinze ans la principale opposition au régime de Paul Kagame, président du Rwanda depuis plus de trois décennies. Son arrestation nocturne a été justifiée par des accusations de «constitution de groupe criminel» et de «préparation d’actes visant à provoquer des troubles».
Des chefs d’inculpation jugés «flous» et «politiques» par de nombreux observateurs, parmi lesquels Human Rights Watch et le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme.

Pour les autorités, sa mise en détention s’inscrit dans une procédure plus large visant plusieurs militants du DALFA-Umurinzi. Tous sont poursuivis pour avoir débattu de stratégies de mobilisation non violente, inspirées d’ouvrages théoriques sur la résistance à l’autoritarisme.

Un schéma répressif déjà dénoncé.

La résolution adoptée à Bruxelles dresse un constat sévère : harcèlement des opposants, arrestations arbitraires, disparitions inexpliquées, procès iniques. Autant de pratiques qui, selon les eurodéputés, traduisent un climat d’intimidation systématique.

Victoire Ingabire n’en est pas à sa première confrontation avec la justice rwandaise. En 2012, elle avait été condamnée à quinze ans de prison pour « atteinte à la sûreté de l’État » après avoir tenté de se présenter à l’élection présidentielle. Libérée en 2018, mais sous conditions strictes, elle devait retrouver sa pleine liberté politique en octobre prochain. Cette nouvelle arrestation intervient donc à un moment charnière, interprété par ses soutiens comme une manœuvre visant à empêcher son retour sur la scène publique.

Déjà, en mars 2024, le Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire avait jugé « contraire au droit international » l’emprisonnement de militants DALFA-Umurinzi. Sans effet sur Kigali.

Opposition en exil réduite au silence.

Les deux enfants de Victoire Ingabire qui ont été invités au parlement européen ( photo jambonews)

La portée symbolique de cette résolution européenne s’est toutefois trouvée atténuée par l’absence remarquée de l’opposition rwandaise en exil. Invités à Bruxelles, les deux enfants de Victoire Ingabire ont pris la parole devant les eurodéputés, mais aucun responsable politique rwandais de la diaspora n’a osé les accompagner.

Selon plusieurs sources proches des milieux militants, cette absence traduit la peur persistante des représailles de Kigali, dont les services de sécurité sont accusés d’intimidations et de pressions jusque sur le sol européen.

Pression diplomatique accrue.

Le texte européen exige la « libération immédiate et inconditionnelle » de Victoire Ingabire et l’abandon de toutes les charges retenues contre elle et ses camarades. Il appelle aussi à l’ouverture d’enquêtes indépendantes sur les assassinats et disparitions non élucidés, et invite la Commission européenne à réexaminer la coopération avec les institutions rwandaises, accusées d’actes de torture et de détention arbitraire.

En s’exprimant avec une rare fermeté, les eurodéputés entendent adresser un avertissement au président Kagame : la répression politique et la fermeture de l’espace démocratique risquent de fragiliser non seulement la stabilité du pays, mais aussi ses relations internationales.

Pour les acteurs de la société civile rwandaise, cette prise de position européenne est un souffle d’espoir. Comme l’a confié un militant, sous couvert d’anonymat :
« Aucun de nous n’est en sécurité, tant que tous ne le sont pas. »

Veritasinfo.

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