Rwanda : la persécution silencieuse des enfants de réfugiés hutus à l’étranger.
Accusations arbitraires, harcèlement transnational et violations des droits humains. Des enfants de réfugiés rwandais hutus continuent d’être ciblés hors des frontières du Rwanda. L’histoire de la famille Biziyaremye, réfugiée au Mozambique, illustre une réalité largement méconnue.
Une accusation systématique et discréditée.
Depuis plusieurs années, le gouvernement rwandais accuse régulièrement les réfugiés rwandais vivant à l’étranger, notamment en République démocratique du Congo, d’appartenir aux Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR). Selon Kigali, ces groupes nourriraient l’intention de revenir au Rwanda pour y perpétrer un nouveau génocide.
Or, ces accusations sont aujourd’hui largement remises en cause. La majorité des personnes ainsi désignées, y compris au sein des FDLR, sont nées après le génocide de 1994 et ne peuvent raisonnablement être tenues responsables des crimes de cette période. De plus, toute critique de la gouvernance du régime de Kigali est fréquemment assimilée à une collusion avec les FDLR, y compris lorsqu’elle émane de citoyens étrangers.
Des enfants ciblés en raison de leur origine.
Au-delà des adultes, ce sont désormais les enfants de réfugiés rwandais hutus vivant à l’étranger qui subissent persécutions et intimidations. Leur seul tort : être nés de parents hutus. L’affaire de la famille de Biziyaremye Jean Claude, réfugié au Mozambique, en est une illustration frappante.
Originaire du district de Muhanga, Biziyaremye Jean Claude possédait plusieurs biens immobiliers à Muhima, à Kigali. Après la prise du pouvoir par le Front patriotique rwandais (FPR) en juillet 1994, ses propriétés ont été saisies par des soldats de l’armée du FPR. Lorsqu’il a tenté de récupérer ses maisons, il a été violemment menacé. Craignant pour sa vie, il a fui le Rwanda en 2010 et a trouvé refuge au Mozambique, où il a obtenu le statut de réfugié.
Harcèlement au-delà des frontières rwandaises.
En 2012, son épouse, Gahongayire Clémentine, et leurs enfants l’ont rejoint au Mozambique. Mais la fuite de la famille n’a pas mis fin aux pressions. Selon plusieurs témoignages, des agents de Kigali ont continué à surveiller et à harceler Biziyaremye et sa famille, une pratique dénoncée par de nombreux réfugiés rwandais à travers l’Afrique et dans d’autres régions du monde.
Ces agents auraient exploité les divisions ethniques au sein du couple — Gahongayire Clémentine étant tutsie — afin de semer la discorde, ce qui a conduit à leur divorce. Biziyaremye s’est ensuite remarié avec Ingabire Agnès, elle aussi réfugiée au Mozambique.
Attaques, menaces et fuite forcée.
Le harcèlement s’est intensifié avec le temps. Des groupes de réfugiés rwandais manipulés, agissant en lien avec des agents du FPR, ont attaqué à plusieurs reprises le domicile de Biziyaremye. La situation est devenue encore plus tendue après le déploiement de soldats des Forces de défense du Rwanda (RDF) au Mozambique, officiellement pour soutenir la lutte contre les groupes terroristes.
Après le décès de son épouse Ingabire Agnès, Biziyaremye a été victime d’une attaque armée alors qu’il circulait en voiture pour des raisons professionnelles. Son véhicule a été incendié. Il a survécu de justesse et a fui immédiatement la ville de Maputo.
Des enfants livrés à la peur.
Ses filles, Vanessa Umutoni Biziyaremye et Huguette Ishimwe Biziyaremye, sont restées à Maputo. Leur calvaire ne faisait pourtant que commencer. Elles ont été suivies, intimidées et accusées à tort d’être responsables de la mort de leur mère. Des partisans du FPR, se présentant comme de simples réfugiés rwandais, ont propagé ces accusations en collaboration avec des agents de Kigali.
Les deux jeunes filles ont également été interrogées à plusieurs reprises par les services de sécurité mozambicains, soupçonnés de coopérer avec les autorités rwandaises. Pressées de révéler la localisation de leur père et sommées de se défendre contre des accusations graves, elles ont finalement pris la fuite, craignant pour leur sécurité.
Une persécution fondée sur l’ethnie.
Cette affaire met en lumière une réalité alarmante : la persécution transnationale d’enfants réfugiés rwandais, ciblés non pour des actes qu’ils auraient commis, mais uniquement en raison de l’ethnie de leurs parents. Une situation qui soulève de sérieuses interrogations sur le respect des droits humains et la protection des réfugiés, pourtant garantis par le droit international.
Veritasinfo.