RDC – France : la colère congolaise explose contre Paris et son alliance ambiguë avec Kigali.
La colère gronde en République démocratique du Congo. Dans les rues de Goma, sur les réseaux sociaux, dans les universités et jusque dans les cercles politiques, une conviction se propage avec force : la France joue un double jeu dans la tragédie congolaise.
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Pour des millions de Congolais, Paris n’est plus ce partenaire historique qui prétend défendre la paix et la francophonie. La France est désormais perçue comme une puissance hypocrite, prête à sacrifier la souveraineté congolaise pour préserver ses intérêts géopolitiques et économiques dans la région des Grands Lacs.
Le rejet est massif. Selon plusieurs sondages relayés entre 2022 et 2023, l’image favorable de la France en RDC se serait effondrée de 71 % à 29 %, laissant apparaître un sentiment anti-français atteignant environ 71 % dans certains milieux populaires et urbains.
Cette rupture n’est pas née du hasard. Elle est le résultat d’années d’humiliations, de contradictions diplomatiques et d’une guerre sanglante dans l’Est du Congo où les Congolais accusent les grandes puissances de fermer les yeux.
« La France manipule le Rwanda ».
Le président provincial de la jeunesse du Nord-Kivu, Hodari Muhawe Darius, a récemment enflammé les réseaux sociaux après un message virulent publié sur WhatsApp.
Selon lui, la France serait incapable d’assumer une relation honnête avec Kinshasa et préférerait utiliser Kigali comme intermédiaire stratégique pour accéder aux richesses minières du Congo.
Dans son message, il affirme que Paris « manipule un petit pays pauvre comme le Rwanda pour maintenir son influence régionale », accusant également les puissances occidentales de profiter du chaos sécuritaire pour continuer le pillage des minerais congolais.
Ces propos, longtemps considérés comme radicaux, trouvent aujourd’hui un écho grandissant dans une population épuisée par trente années de guerre.
Le Congo n’a jamais oublié.
Les Congolais n’ont jamais oublié le rôle controversé joué par la France durant le génocide au Rwanda en 1994.
Le rapport Duclert, commandé par Emmanuel Macron lui-même, a reconnu des responsabilités « lourdes et accablantes » de la France dans son soutien au régime rwandais de l’époque.
Pour beaucoup de Congolais, cette histoire n’est pas terminée. Ils accusent encore Paris d’avoir soutenu des réseaux responsables du chaos régional (régime actuel au Rwanda) avant de fermer les yeux lorsque les guerres se sont déplacées vers le territoire congolais.
Dans l’Est de la RDC, cette mémoire reste vivante. Elle nourrit une profonde méfiance contre toute parole officielle française.
Macron condamne Kigali… mais coopère avec Kagame.
C’est cette contradiction qui alimente aujourd’hui la rage populaire. D’un côté, la France affirme condamner le soutien du Rwanda au M23. De l’autre, Paris maintient une coopération stratégique avec Kigali dans plusieurs dossiers africains.
Pour les Congolais, ce langage diplomatique ressemble à une mascarade. Comment condamner le Rwanda tout en continuant à traiter Paul Kagame comme un partenaire privilégié ?
Comment prétendre défendre la souveraineté congolaise tout en refusant des sanctions fortes contre Kigali ?
Dans les débats populaires à Kinshasa et Goma, beaucoup considèrent désormais que la France protège indirectement les intérêts rwandais dans la région.
Les minerais du sang.
Derrière cette guerre se cache une bataille mondiale pour les minerais stratégiques. Le Kivu regorge de coltan, de cobalt et d’autres ressources indispensables aux téléphones, aux voitures électriques et à l’industrie technologique mondiale.
Rubaya, cité minière devenue symbole du conflit, représente à elle seule une part majeure du coltan mondial. Pour les Congolais, le pillage continue sous une nouvelle forme : celle des multinationales, des réseaux régionaux et des puissances étrangères qui profitent du chaos pour exploiter les richesses du Congo pendant que la population meurt dans l’indifférence.
Cette conviction nourrit un discours de plus en plus radical contre les puissances occidentales, et particulièrement contre la France.
La francophonie en accusation.
L’élection de Louise Mushikiwabo, proche du régime rwandais, à la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie a également été vécue comme une humiliation politique par une partie des Congolais.
Beaucoup dénoncent une francophonie devenue un outil de calcul géopolitique plutôt qu’un espace de solidarité entre peuples francophones.
Dans les universités congolaises, certains militants parlent désormais d’une « francophonie de façade » incapable de défendre les peuples africains contre les guerres et les ingérences.
Une colère devenue révolutionnaire.
Le sentiment anti-français dépasse désormais la simple critique diplomatique. Il devient un mouvement politique, identitaire et générationnel.
Une partie de la jeunesse congolaise réclame une rupture totale avec les anciennes puissances d’influence et exige une nouvelle souveraineté africaine fondée sur le contrôle des ressources naturelles et la fin des manipulations étrangères.
Dans les manifestations, les slogans se radicalisent : «Le Congo n’est pas à vendre», «Nos minerais, notre souveraineté», «La France doit choisir son camp».
Pour beaucoup, Paris est arrivé à un point de rupture historique avec la population congolaise. La question n’est plus seulement diplomatique. Elle est devenue existentielle.
Veritasinfo.