RDC - Vers une réforme constitutionnelle : Tshisekedi veut-il rester au pouvoir aussi longtemps que Kagame ?

Publié le par Veritas

L’Assemblée nationale de la République démocratique du Congo a adopté un projet de loi ouvrant la voie à un référendum constitutionnel visant à modifier certaines dispositions de la Constitution. Selon les partisans du président Félix Tshisekedi, cette réforme permettrait au chef de l’État de disposer de pouvoirs renforcés afin de prendre des décisions rapides pour défendre la souveraineté nationale et faire face à l’insécurité persistante dans l’Est du pays.

Cette initiative suscite cependant de vives réactions au sein de l’opposition congolaise. Plusieurs opposants accusent le pouvoir en place d’utiliser la question sécuritaire comme prétexte pour préparer un maintien prolongé de Félix Tshisekedi à la tête du pays, à l’image du président rwandais Paul Kagame, au pouvoir depuis plus de deux décennies.

Les défenseurs de la réforme avancent un autre argument historique. Selon eux, la Constitution actuelle de la RDC aurait été élaborée sous forte influence étrangère après la chute du maréchal Mobutu, dans un contexte marqué par l’implication militaire et politique du Rwanda dans les affaires congolaises. Certains nationalistes congolais estiment que plusieurs dispositions de cette Constitution rendent difficile la gouvernance du pays et affaiblissent l’autorité de l’État, facilitant ainsi les ingérences extérieures.

«Nous allons changer cette Constitution et permettre au Chef de l’État de poursuivre et d’achever l’œuvre qu’il a commencée, afin de mettre définitivement un terme aux massacres répétés dans l’Est du pays», déclarent les partisans du projet.

Pour eux, les ennemis de la RDC joueraient sur le facteur temps, convaincus que le mandat présidentiel actuel touche progressivement à sa fin. Ils soutiennent que deux années supplémentaires ne suffiraient pas pour restaurer durablement la paix, rétablir l’autorité de l’État et sécuriser les populations des provinces orientales.

Tshisekedi peut-il rester aussi longtemps que Kagame ?

La question revient désormais avec insistance dans le débat politique africain : Félix Tshisekedi pourrait-il rester au pouvoir aussi longtemps que Paul Kagame au Rwanda ou Yoweri Museveni en Ouganda ? Sur le plan politique, plusieurs éléments rendent cette hypothèse possible mais loin d’être garantie.

D’abord, le contexte sécuritaire à l’Est du Congo offre au pouvoir un argument puissant pour justifier des réformes exceptionnelles. Dans de nombreux pays africains, les crises sécuritaires ont souvent servi de base à des modifications constitutionnelles ou à des prolongations de mandats présidentiels.

Ensuite, Tshisekedi semble vouloir renforcer progressivement son contrôle sur les institutions, notamment après avoir consolidé sa majorité parlementaire et marginalisé une partie de ses adversaires politiques. Une réforme constitutionnelle approuvée par référendum pourrait ainsi ouvrir la voie à un système présidentiel plus fort.

Cependant, la RDC reste très différente du Rwanda ou de l’Ouganda. Le Congo possède une opposition plus fragmentée mais également une société civile plus imprévisible, un territoire immense et une situation économique complexe. Le pays est aussi fortement exposé aux pressions internationales et aux équilibres régionaux.

Paul Kagame a construit au Rwanda un appareil d’État extrêmement centralisé et discipliné après le génocide de 1994, tandis que Yoweri Museveni s’est maintenu grâce à une maîtrise durable de l’appareil sécuritaire ougandais depuis 1986. Félix Tshisekedi, lui, dirige un pays beaucoup plus vaste, plus instable et traversé par des rivalités politiques et militaires multiples.

Ainsi, même si une réforme constitutionnelle pourrait prolonger son influence politique, rien ne garantit que Tshisekedi puisse rester au pouvoir aussi longtemps que Kagame ou Museveni. La véritable question sera aussi celle de la succession : qui parviendra à préparer une transition stable dans l’intérêt de sa nation tout en préservant la paix et les institutions ?

Le débat est désormais lancé au cœur de l’Afrique centrale, où plusieurs dirigeants semblent convaincus que la stabilité et la sécurité nécessitent davantage de temps au pouvoir. Mais leurs opposants rappellent qu’une démocratie forte repose également sur l’alternance politique et le respect des limites constitutionnelles.

Veritasinfo.

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