RDC–Rwanda : Washington accuse Kigali de «pousser la région vers la guerre ».
Lors d’une assemblée spéciale consacrée à la crise persistante dans l’Est de la République démocratique du Congo, les États-Unis ont élevé le ton. La délégation américaine a accusé, ce vendredi le 12 décembre 2025, le Rwanda de «mener la région vers une instabilité croissante et vers la guerre», remettant en cause les engagements pris dans le cadre des initiatives diplomatiques menées depuis 2021, notamment sous l’impulsion de l’administration Trump.
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Washington met en cause le rôle central du Rwanda dans le conflit.
Selon les États-Unis, Kigali exercerait un contrôle direct sur la rébellion du RDF/M23 afin d’atteindre ses objectifs militaires en territoire congolais. La délégation américaine affirme que le président Paul Kagame aurait personnellement participé à la planification des opérations, fournissant au mouvement rebelle «une assistance en armes, formation, renseignement et logistique».
Les accusations américaines vont plus loin que les précédentes déclarations internationales. Washington estime désormais que 5 000 à 7 000 militaires rwandais seraient engagés dans l’Est de la RDC, aux côtés du M23, équipés de missiles sol-air, drones d’observation et armes lourdes. Cette force aurait joué un rôle majeur dans l’offensive ayant conduit à la prise de la ville stratégique d’Uvira, au Sud-Kivu.
Les États-Unis évoquent également des «frappes transfrontalières» menées depuis la RDC vers le Burundi, qualifiées d’ «escalade dangereuse» susceptible d’entraîner un embrasement régional.
Le Burundi hausse le ton : «La retenue a des limites».
La réaction la plus marquante est venue de Bujumbura. S’exprimant devant le Conseil de sécurité, le représentant du Burundi a dénoncé des attaques répétées attribuées aux forces rwandaises :
«La retenue a des limites. Si ces attaques irresponsables devaient se poursuivre, il deviendrait extrêmement difficile d’éviter une escalade directe entre nos deux pays. Le Burundi ne pourra pas tolérer des violations répétées de son intégrité territoriale et se réserve le droit de faire usage de la légitime défense, conformément à l’article 51 de la Charte des Nations Unies.»
‼️ Aux Nations Unies, le Burundi hausse le ton et met en garde le Rwanda :
— The Voice Of Congo (@VoiceOfCongo) December 12, 2025
« La retenue a des limites. Si ces attaques irresponsables devaient se poursuivre, il deviendrait extrêmement difficile d’éviter une escalade directe entre nos deux pays. Le Burundi ne pourra pas tolérer… pic.twitter.com/4koxkbyF4e
Une déclaration d’une rare fermeté, qui illustre le niveau de tension inédit entre les deux voisins depuis la crise politique burundaise de 2015.
Un discours américain qui change de ton.
Si Washington dénonçait déjà l’implication rwandaise dans le conflit, la formulation utilisée lors de cette assemblée marque une rupture. Un diplomate américain évoque désormais «un comportement incompatible avec la stabilité régionale».
Pour les analystes, cette évolution reflète une frustration croissante face à l’absence de progrès sur le terrain malgré les multiples cadres de résolution — Nairobi, Luanda, et plus récemment l’accord de Washington.
Ce tournant intervient alors que les services de renseignement américains auraient transmis de nouveaux éléments confirmant la présence de troupes régulières rwandaises dans les zones tenues par le M23.
Des conséquences directes pour Kigali.
Pour Kigali, ces accusations renforcent la pression internationale. Elles pourraient entraîner :
- une révision de la coopération militaire et sécuritaire entre Washington et Kigali ;
- une réévaluation de l’aide américaine, notamment dans les secteurs de la défense et du renseignement ;
- un isolement diplomatique accru, Kigali apparaissant comme l’acteur qui torpille les efforts de paix engagés.
Les États-Unis exigent le retrait immédiat de toutes les forces rwandaises du territoire congolais et la fin du soutien militaire au M23. Ils demandent également que Kigali revienne « sans ambiguïté » à la voie diplomatique.
Kinshasa conforté dans sa ligne diplomatique.
À Kinshasa, ces déclarations représentent un soutien politique majeur. Depuis plusieurs mois, les autorités congolaises affirment que le M23 n’est qu’une couverture pour l’armée rwandaise, soutenue par des moyens technologiques sophistiqués.
La dénonciation publique par Washington et la prise de position désormais offensive du Burundi renforcent la légitimité de cette position et pourraient faciliter une mobilisation internationale plus large.
Une région au bord d’une escalade.
Ces nouvelles tensions interviennent alors que :
- les combats s’intensifient sur plusieurs axes du Nord et du Sud-Kivu ;
- le M23/RDF étend son contrôle territorial, notamment depuis la prise d’Uvira ;
- les relations entre le Rwanda et le Burundi atteignent leur point le plus critique en plus d’une décennie ;
- l’accord de paix en négociation reste fragilisé par les mouvements militaires observés sur le terrain.
Pour les diplomates régionaux, la situation est «explosive». Toute erreur de calcul — une frappe trop large, une avancée trop rapide, une riposte disproportionnée — pourrait entraîner une confrontation régionale ouverte, que les États-Unis comme l’Union africaine cherchent désormais à éviter.
L’appel de Washington : éviter le pire.
En conclusion de son intervention, Washington a réaffirmé son soutien à une solution diplomatique, mais prévient : la fenêtre pour un règlement pacifique se referme.
«Le Rwanda doit cesser immédiatement toute action militaire en RDC et revenir sur le chemin de la paix. L’alternative, c’est une guerre dont personne ne sortirait gagnant», a insisté la délégation américaine.
Un avertissement clair, désormais amplifié par la mise en garde du Burundi, au moment où la région semble plus proche que jamais d’un basculement.
Veritasinfo.