RDC- «Neutraliser» les FDLR : quand le langage sécuritaire efface l’histoire et les victimes.

Publié le par Veritas

Depuis près de trois décennies, un mot revient avec une constance troublante dans le discours sécuritaire rwandais et dans certaines chancelleries : « neutraliser les FDLR ». Un verbe froid, technique, militaire. Un verbe qui semble aller de soi. Mais que signifie-t-il réellement, et surtout, à qui s’applique-t-il aujourd’hui ? Car derrière l’acronyme FDLR, régulièrement brandi comme une menace absolue justifiant la présence militaire rwandaise en République démocratique du Congo, se cache une réalité humaine largement absente des discours officiels.

Les enfants de réfugiés hutu nés en RDC sont aujourd’hui ceux que l’on désigne sous l’appellation FDLR qu'il faut neutraliser!

Qui sont les FDLR aujourd’hui ?

Contrairement à l’image figée entretenue depuis les années 1990, les FDLR ne sont plus, pour l’essentiel, les auteurs directs du génocide de 1994. La majorité de leurs combattants actuels sont des jeunes hommes nés ou grandis dans les forêts du Congo, enfants ou adolescents lors des massacres des réfugiés rwandais hutus au Zaïre, à partir de 1996.

Ces jeunes sont les rescapés des attaques des camps de réfugiés, bombardés et démantelés lors des offensives menées par l’Armée patriotique rwandaise (RDF), avec l’appui de forces alliées. Des attaques documentées par plusieurs rapports onusiens, qui évoquent des massacres de civils, de femmes et d’enfants, traqués jusqu’au cœur du territoire congolais.

Ce sont ces enfants devenus adultes, élevés dans l’errance, la peur et l’absence totale de perspectives, que l’on désigne aujourd’hui comme une menace à « neutraliser ».

Neutraliser qui, exactement ?

Le mot « neutraliser » n’est pas neutre. Il autorise tout. Il gomme les visages, les trajectoires, les responsabilités historiques. Il permet de transformer des survivants en cibles légitimes, sans débat, sans nuance, sans examen des causes profondes.

Or, ce même mot est étrangement absent lorsqu’il s’agit d’autres groupes armés pourtant bien plus virulents sur le terrain congolais, à commencer par le M23. Pour ce dernier, on parle de négociations, de revendications politiques, de processus de paix. Jamais de « neutralisation ».

Pourquoi cette différence ? Pourquoi certains groupes doivent-ils être éradiqués, tandis que d’autres sont invités à la table des discussions, malgré leurs exactions documentées et leur occupation directe de territoires congolais ?

Une menace commode, une histoire gênante.

le Rwanda traite tous les enfants hutus nés en RDC des génocidaires!

La persistance du discours sur la « neutralisation des FDLR » pose une question dérangeante : et si les FDLR n’étaient plus tant une menace réelle qu’un argument permanent, utile pour justifier une présence militaire prolongée en RDC et un contrôle stratégique de certaines zones ?

Comment expliquer, sinon, que ces combattants soient encore localisés dans des territoires largement dominés par le RDF et le M23 ? Si la volonté de les éliminer était réelle et prioritaire, cette présence prolongée relèverait soit d’une incapacité manifeste, soit d’un calcul politique assumé.

Le silence sur les enfants d’hier.

En parlant de « neutralisation », on évite soigneusement de poser la vraie question: qu’a-t-on fait, depuis 1996, pour offrir une alternative à ces enfants survivants des massacres des camps de réfugiés ?

A-t-on organisé leur retour sécurisé ? A-t-on mis en place une justice crédible pour les crimes commis contre leurs familles ? A-t-on seulement reconnu leur statut de victimes ?

La réponse est non. Et aujourd’hui, ces mêmes enfants sont désignés comme des obstacles à la paix, à éliminer au nom de la stabilité régionale.

La RDC prise en otage du langage.

Pendant ce temps, la RDC continue de payer le prix fort. Son territoire sert de champ de bataille, son peuple de variable d’ajustement, et son histoire est constamment simplifiée pour correspondre à des narratifs sécuritaires importés.

Il est temps de le dire clairement : on ne construit pas la paix sur l’effacement de l’histoire, ni sur la « neutralisation » de victimes devenues indésirables. Tant que le langage continuera de masquer les responsabilités passées et les réalités humaines présentes, la guerre trouvera toujours de nouvelles justifications pour se prolonger.

Veritasinfo.

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B
EXCELLENT ARTICLE, MERCI
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