Washington durcit le ton contre Kampala : Muhoozi, l’homme qui embarrasse l’Ouganda.
Les relations entre l’Ouganda et les États-Unis connaissent un net refroidissement après les déclarations incendiaires du général Muhoozi Kainerugaba, fils du président Yoweri Museveni et chef d’état-major des armées. À Washington, le sénateur « Jim Risch », figure clé de la commission des affaires étrangères, a appelé à des sanctions ciblées contre celui que beaucoup considèrent déjà comme l’héritier du régime, l’accusant d’être au cœur de la répression post-électorale et d’alimenter l’instabilité régionale.
Selon le sénateur américain, les forces de sécurité placées sous l’autorité de Muhoozi ont joué un rôle central dans les violences visant l’opposition, notamment après des élections contestées marquées par des arrestations massives, des coupures d’internet et des accusations de fraude. En ciblant directement le fils du président, Washington ne s’attaque plus seulement à un système, mais à un homme qui incarne de plus en plus ouvertement la dimension dynastique du pouvoir à Kampala.
Muhoozi, général omniprésent sur les réseaux sociaux, s’est forgé une réputation de chef militaire imprévisible, adepte de formules provocatrices. Ces derniers mois, des propos largement relayés en ligne lui sont attribués, visant directement l’opposition. « Bobi Wine joue avec le feu », aurait-il écrit, avant d’ajouter dans un autre message : « Nous savons comment traiter les traîtres. » À propos des manifestations, il aurait aussi assumé la brutalité des forces de sécurité, parlant de « terroristes neutralisés » plutôt que de civils tués.
Plus troublant pour Washington, certaines de ses sorties défient ouvertement les partenaires occidentaux. « L’Ouganda n’a de leçons à recevoir de personne », aurait-il lancé dans un message devenu viral, tandis qu’un autre affirmait que « les sanctions ne nous font pas peur, nous sommes prêts à répondre durement ». Même lorsque ces phrases sont ensuite supprimées ou nuancées, elles alimentent l’image d’un général qui se pense au-dessus de toute contrainte diplomatique.
L’appel de Jim Risch marque ainsi un tournant. Longtemps présenté comme un allié stratégique, l’Ouganda est désormais décrit à Washington comme un possible « exportateur d’instabilité », tant sur le plan intérieur que régional, notamment en lien avec les tensions persistantes dans la région des Grands Lacs. Si des sanctions ciblées venaient à être adoptées, elles fragiliseraient sérieusement la trajectoire internationale de Muhoozi et compliqueraient le projet de succession familiale autour duquel se structure de plus en plus le régime Museveni.
Pour Kampala, l’enjeu est lourd. En faisant de Muhoozi à la fois le visage de la sécurité et celui de la répression, le pouvoir transforme son atout militaire en handicap diplomatique. Dans un contexte régional déjà explosif, chaque déclaration du général, chaque geste de Washington et chaque mobilisation de l’opposition pèseront désormais bien au-delà des frontières ougandaises.
Veritasinfo.