Manifestation des rwandais en France, un pari réussi peut-être par JMV Ndagijimana !
Ils étaient venus de toutes les contrées de l’Europe, et probablement aussi d’ailleurs, pour répondre à l’invitation de l’Ambassadeur Jean Marie Vianney Ndagijimana. La rencontre de la veille de la Toussaint à Antony dans les faubourgs de Paris fut unique de son genre, il faut le dire. Jamais un rwandais n’a pu rassembler les communautés rwandaises, toutes les tendances confondues, et c’est pourtant ce qui s’est réalisé dans l’après-midi du 31 octobre 2010. La rencontre devait même dépasser les délais prévus pour se prolonger vraisemblablement au delà de minuit pour atteindre enfin le jour de commémoration de tous les saints (en passant par la veillée d’halloween !). Et effectivement, le thème principal de la rencontre abondait dans le sens de commémorer les morts rwandais, victimes de la persécution du FPR qui a atteint son apogée lors des massacres systématiques au Congo, ce qui est désormais désigné comme un génocide. Les victimes de ce génocide longtemps ignorées auraient eux aussi droit finalement après tant d’années à la mémoire et c’est ce qui aurait fait sûrement bougé tant de monde contrairement à l’habitué.
Néanmoins, tant que le pouvoir à Kigali reste opposé à cette mémoire, qui d’autre serait à mesure de l’imposer en se passant de la voie politique ? C’est cela en fait le problème clé, même si certains peuvent nourrir des illusions que la mémoire serait une chose évidente. Le promoteur de la rencontre, JMV Ndagijimana a fait preuve d’intelligence en sachant saisir l’opportunité pour rassembler les Rwandais pour une cause commune. Ceux-ci en ont profité d’ailleurs pour jouir des émotions des retrouvailles ou tout simplement faire connaissance les uns les autres. Après la rencontre proprement dite selon les délais prévues, certains participants étant rentrés à la maison, les responsables des associations de la société civile et ceux des partis politiques ayant pensé qu’une telle occasion de rêve ne s’offre pas tous les jours, ils en ont profité pour s’asseoir autour d’une table ronde afin de mener un débat d’échanges, ce qui a duré jusque tard dans la nuit.
L’auguste assemblée qui s’est spontanément ainsi constituée sous le leadership de Jean Marie Vianney Ndagijimana, n’a pas manqué de faire le constat qu’elle était si représentative de manière à pouvoir former un comité de suivi destiné spécialement à assurer les démarches de la traduction en justice des auteurs des crimes innommables perpétrés contre les Rwandais au Congo. Les engagements ont été pris pour sensibiliser la communauté internationale sur ce devoir de justice combien nécessaire pour la réconciliation de peuple rwandais.
Pour revenir à la rencontre proprement dite, il faut dire que des moments particulièrement forts auront par ailleurs marqué la rencontre d’Antony, spécialement les témoignages des rescapés des massacres comme celui de Maurice Niwese qui a touché profondément l’assistance. Outre les témoignages, il y eut aussi la séance de cinéma, ou les participants à la rencontre purent regarder ensemble le film « Kisangani Diary » qui décrit le calvaire vécu au quotidien par les réfugiés hutus rwandais talonnés par l’armée du FPR. Après, ce fut un temps d’échanges, où tous les intervenants sont revenus sur le fait que de telles exactions ne doivent plus se reproduire et que des mesures doivent être prises urgemment afin d’obtenir la justice pour toutes les victimes. C’est dans ce cadre qu’une table ronde fut organisée à la fin où les responsables des associations de la société civile et ceux des partis furent emmenés à échanger sur les modalités pour la mise en œuvre de ce projet de justice combien important pour la réconciliation du peuple rwandais.
Les débats furent certes passionnés, mais toutefois constructifs. Face à la défaillance manifeste évoquée de la classe de politiciens, il fut proposé que ce soit les membres de la société civile qui prennent le relais pour assurer la mise sur pied du mécanicisme de justice pour les victimes. Pour certains participants, le problème des victimes s’inscrit aussi dans un cadre suffisamment politique qu’il serait insensé d’ignorer l’apport des politiciens. Mais le fait est que le divisions et les dissensions intestines aux seins des politiciens ne feraient que compliquer le problème et retarder les démarches pour l’obtention de la justice. Cependant, qui dit que les dissensions palpables chez les politiciens ne se répercutent pas d’une façon ou d’une autre sur la société civile, de manière que les effets puissent rester les mêmes aussi longtemps que des solutions politiques ne sont pas toujours envisagées ?
Mine de rien, la rencontre d’Antony aura eu le mérite de jouer le rôle de rassembler les forces vives de la nation. Pour ceux qui se posaient la question de savoir le nom d’un rwandais capable de jouer le rôle de rassembleur, eh bien, l’Ambassadeur Ndagijimana semble avoir levé un défi si difficile pour pouvoir bénéficier d’assez de crédibilité. Jouissant d’une autorité certaine au sein de la communauté rwandaise, il exercerait aussi une certaine ascendance sur plusieurs groupement des Rwandais, quelles que soient les provenances ethniques ou autres. En tout cas, il vient de démontrer avec la rencontre d’Antony qu’il serait sûrement l’homme de la situation. Il lui resterait toutefois à pouvoir modérer les élans de certaines qui n’entendent pas d’une bonne oreille par exemple le rôle que le roi Kigeli V puisse jouer dans réconciliation du peuple rwandais. Cependant la compréhension de certains réalités vient avec le temps, il faut l’avouer. L’important étant que l’enthousiasme d’Antony ne s’estompe pas et qu’il aiguise plutôt la détermination pour d’autres actions à venir.
Théophile.