Francophonie : la RDC et le Rwanda s’affrontent pour la direction de l’OIF.
La Francophonie, longtemps cantonnée à un rôle culturel et linguistique, devient le théâtre d’un affrontement diplomatique d’envergure entre la République démocratique du Congo et le Rwanda. En ligne de mire : la direction de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), dont l’élection du prochain secrétaire général est prévue lors du Sommet de la Francophonie de novembre 2026 au Cambodge.
Depuis plusieurs années, l’OIF est secouée par des accusations de dysfonctionnements internes et de mauvaise gouvernance. Des enquêtes journalistiques, notamment au Canada, ont mis en lumière un climat de travail jugé délétère, affaiblissant l’image de l’institution. Ces critiques pèsent aujourd’hui sur la candidature de la secrétaire générale sortante, Louise Mushikiwabo, en poste depuis 2018 et proche du président rwandais Paul Kagame, qui brigue un troisième mandat.
Si Kigali met en avant la continuité et l’expérience, la contestation grandit au sein de certains États membres, soucieux de voir la Francophonie renouer avec ses valeurs de démocratie, de droits humains et de bonne gouvernance.
C’est dans ce contexte que la RDC a annoncé son intention de présenter un candidat à la tête de l’OIF. Un revirement notable : lors de l’élection de Louise Mushikiwabo, Kinshasa figurait parmi ses soutiens. Aujourd’hui, les autorités congolaises entendent capitaliser sur le poids démographique du pays, premier espace francophone mondial, pour peser davantage sur les équilibres internes de l’organisation.
Pour la RDC, l’enjeu est autant symbolique que politique : il s’agit d’affirmer un leadership régional et de transformer la Francophonie en véritable plateforme d’influence diplomatique.
À ce stade, aucun candidat officiel n’a encore été désigné, mais plusieurs noms circulent dans les cercles diplomatiques. Parmi eux, celui du Dr Denis Mukwege, prix Nobel de la paix 2018. Figure internationale respectée pour son combat contre les violences sexuelles, il incarne un profil moral et consensuel, susceptible de séduire bien au-delà du continent africain.
Autres personnalités évoquées : Thérèse Kayikwamba Wagner, ministre des Affaires étrangères, au profil technocratique et réformateur ; Christophe Lutundula, ancien chef de la diplomatie congolaise, fort d’une longue expérience multilatérale ; et Isidore Kwandja, acteur reconnu de la Francophonie, dont la candidature pourrait toutefois être fragilisée par les polémiques liées à l’organisation des Jeux de la Francophonie à Kinshasa.
Derrière cette bataille institutionnelle se dessine un affrontement plus large entre Kinshasa et Kigali, dont les relations restent tendues, notamment en raison de la situation sécuritaire dans l’est de la RDC. L’OIF devient ainsi un nouvel espace de projection du rapport de force entre les deux pays, sur le terrain du multilatéralisme et du « soft power ».
Le vote final aura lieu lors du Sommet de la Francophonie, les 15 et 16 novembre 2026 au Cambodge, où les chefs d’État et de gouvernement des pays membres trancheront. D’ici là, une intense campagne diplomatique s’annonce.
Au-delà des candidatures, cette élection pose une question centrale : quelle Francophonie pour demain ? Une organisation marquée par la continuité, ou une institution réformée, plus alignée avec les principes qu’elle promeut ? Le choix du prochain secrétaire général pourrait bien déterminer la crédibilité et l’influence de l’OIF pour les années à venir.
Veritasinfo.