RDC : à Uvira, l’offensive du RDF/M23 inquiète la communauté internationale et met sous pression Kigali.

Publié le par Veritas

La situation sécuritaire reste extrêmement tendue dans la ville d’Uvira, dans l’est de la République démocratique du Congo, où les combats entre les forces armées congolaises (FARDC) et les rebelles du RDF/M23 se rapprochent dangereusement des zones urbaines. L’avancée du mouvement, soutenu selon de nombreux rapports par l’armée rwandaise, provoque une vague d’inquiétude diplomatique sans précédent. Une dizaine de pays occidentaux, dont les États-Unis, la France, la Belgique et l’Union européenne, ont publié une déclaration conjointe dénonçant « une escalade alarmante » dans le Sud-Kivu.

Uvira sous tension : drones, panique et déplacements.

Depuis plusieurs jours, la ligne de front se rapproche des quartiers périphériques d’Uvira, notamment vers Kavinvira et Kilomoni. Des sources locales rapportent l’utilisation accrue de drones offensifs par le RDF/M23 et par des unités associées, un phénomène nouveau dans ce territoire longtemps épargné par la technologie militaire observée plus au nord, au Nord-Kivu.

«On n’avait jamais vu cela ici. Les drones qui survolent la ville provoquent la panique. Les gens dorment sous les tables pour se protéger », confie un travailleur humanitaire sur place.

Les mouvements de populations se poursuivent : des milliers d’habitants tentent de se mettre à l’abri, certains se dirigeant vers la frontière burundaise. Les autorités municipales appellent au calme, mais reconnaissent ne pas pouvoir garantir la sécurité des civils si les combats franchissaient les faubourgs de la ville.

La communauté internationale hausse le ton.

Dans une déclaration commune, les États-Unis, la Belgique, le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Suisse, la Suède, le Danemark et l’Union européenne, réunis au sein du Groupe de contact international pour les Grands Lacs (ICG), disent leur « profonde préoccupation » face à la « nouvelle offensive du RDF/M23, soutenu par le Rwanda, autour d’Uvira ».

Ils condamnent une « escalade significative » marquée par l’usage accru de drones, y compris suicides, et mettent en garde contre « le risque de déstabilisation de toute la région des Grands Lacs ». Le message est clair :

1. Arrêt immédiat des opérations offensives du RDF/M23 et de la RDF (armée rwandaise).
2. Retrait des troupes rwandaises conformément à la résolution 2773 du Conseil de sécurité.
3. Respect strict des Accords de Washington et des engagements du RDF/M23 pris à Doha en juillet et novembre 2025.
4. Protection des civils et accès humanitaire sans entrave.

Pour plusieurs diplomates, cette sortie coordonnée des capitales occidentales marque un tournant. « Le ton est inhabituellement ferme. On s’approche d’un seuil où l’implication du Rwanda dans le Sud-Kivu n’est plus contestée, mais actée par l’ensemble des partenaires internationaux », confie un expert européen basé à Nairobi.

Pression directe sur Kigali et le RDF/M23.

À 08H41 du 10/12/2025, RDF/M23 n'est pas encore arrivée dans la ville d'uvira, les Wazalendo sont bien positionnés pour la défendre.

Cette prise de position met clairement sous pression le gouvernement rwandais. Longtemps considéré comme un allié stratégique de l’Occident dans la région, Kigali subit depuis plusieurs mois un durcissement progressif du discours international, notamment depuis la révélation de déploiements massifs de soldats rwandais en RDC. Pour le RDF/M23, ces déclarations affaiblissent la marge de manœuvre politique :

  • Le mouvement est rappelé à ses engagements pris lors des négociations de Doha, où il avait accepté un cessez-le-feu et un processus de désengagement.
  • Toute avancée vers Uvira constitue désormais une ligne rouge internationale, dont la violation pourrait conduire à des sanctions ciblées ou à une révision du cadre diplomatique établi à Washington.

« L’offensive dans le Sud-Kivu est perçue comme une trahison des accords récents. Elle isole le RDF/M23 et rend plus coûteuse pour Kigali toute justification militaire », analyse un chercheur du Réseau des experts des Grands Lacs.

Kinshasa se sent enfin soutenu, mais craint une intensification des combats.

Du côté du gouvernement congolais, la déclaration occidentale est vue comme un appui politique majeur, surtout à un moment où les FARDC sont engagées simultanément sur plusieurs fronts. Kinshasa y voit la confirmation que son discours diplomatique — dénonçant l’implication rwandaise — « commence enfin à être reconnu sans ambiguïté ». Mais sur le terrain, les inquiétudes demeurent :

  • Si le RDF/M23 ouvre un front durable dans le Sud-Kivu,
  • Si les RDF poursuivent leur soutien actif,
  • Si les combats se rapprochent davantage d’Uvira et du corridor vers le Burundi, alors la région pourrait basculer dans une phase de conflit beaucoup plus large.

Une paix fragile menacée par une guerre régionale ?

La déclaration du Groupe de contact rappelle que les accords obtenus ces derniers mois — notamment le cadre de Doha — restent fragiles. L’escalade actuelle pourrait « réduire à néant les progrès réalisés » et ouvrir la voie à un conflit régional impliquant directement la RDC, le Rwanda et potentiellement le Burundi, compte tenu de la proximité de la frontière.

Les diplomates appellent à une désescalade urgente, mais pour l’heure, les combats se poursuivent et plusieurs zones d’Uvira vivent au rythme des évacuations et des bombardements.

Veritasinfo.

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