Le discours inquiétant du Général Feud Ibingira et ses implications pour le Rwanda.
Lors d’une conférence du Unity Club à Kigali, le criminel notoire Feud Ibingira a tenu des propos qui ont suscité de vives interrogations sur la situation sécuritaire et politique du Rwanda. Devant un auditoire composé de membres influents du régime, il a déclaré : « Si jamais le Rwanda est attaqué, les jeunes s’enfuiront pour fuir les combats, car ils seront submergés par le feu de l’ennemi. Quant à nous, les anciens combattants Inkotanyi qui avons fait la guerre depuis 1990, nous serons tous rassemblés en moins de huit heures ; nous serons dans les tranchées, car nous ne pourrons plus courir, et c’est nous qui affronterons l’ennemi et le vaincrons à coups de rafales.»
Ces propos, tenus dans un contexte où la Rwanda Defence Force (RDF) et le mouvement rebelle M23 poursuivent une guerre active à l’est de la République Démocratique du Congo, sont lourds de sens et de conséquences. Ils traduisent, d’une part, une crainte interne croissante au sein du régime de Kigali, et d’autre part, une fatigue idéologique des vétérans du Front patriotique rwandais (FPR), jadis piliers du système sécuritaire mis en place par Paul Kagame.
Une rhétorique de peur qui en dit long sur la situation intérieure.
Le discours d’Ibingira semble davantage motivé par l’inquiétude d’un régime fragilisé que par une véritable menace extérieure. En évoquant l’hypothèse d’une attaque contre le Rwanda, il envoie un message subliminal : le pouvoir craint désormais un effet boomerang de la guerre que Kigali mène par procuration sur le sol congolais. Alors que les troupes rwandaises sont engagées dans des combats intenses dans le Nord et le Sud-Kivu sous la bannière du M23, plusieurs observateurs estiment que le Rwanda se trouve dans une impasse militaire et diplomatique.
Les pertes sur le terrain, les sanctions économiques croissantes et les condamnations internationales accentuent la pression sur le régime. Dès lors, les propos d’Ibingira peuvent être lus comme une tentative de mobiliser la population par la peur, tout en préparant psychologiquement le pays à une éventuelle riposte régionale.
Des paroles d’un autre temps.
En affirmant que les anciens combattants « se rassembleront en moins de huit heures pour aller dans les tranchées », Ibingira montre une vision anachronique et déconnectée des réalités militaires contemporaines. Comme le souligne l’analyse de plusieurs experts régionaux, « les guerres d’aujourd’hui ne sont plus celles de 1990 ».
À cette époque, le FPR menait une guerre classique de guérilla, sans drones, sans Internet et sans surveillance satellitaire. Or, en 2025, les technologies de guerre – drones armés, systèmes de renseignement électronique, cyberattaques – redéfinissent totalement les rapports de force.
Cette déclaration illustre ainsi la nostalgie d’une époque révolue, mais aussi le déni des mutations profondes de la géopolitique régionale. Le Rwanda, longtemps perçu comme une puissance militaire disciplinée, risque aujourd’hui de se retrouver dépassé par la complexité des alliances et des menaces modernes.
Une guerre qui risque de se retourner contre son instigateur.
Derrière les mots d’Ibingira se cache une crainte partagée par plusieurs hauts gradés : la guerre menée contre la RDC pourrait bien se retourner contre le Rwanda lui-même. En multipliant les interventions militaires sur le sol congolais, le régime de Kigali s’est exposé à une isolation régionale croissante.
Les tensions avec l’Ouganda, les critiques du Burundi et la vigilance accrue de la SADC (Communauté de développement d’Afrique australe) montrent que le Rwanda n’a plus l’avantage diplomatique dont il jouissait autrefois.
Dès lors, la question soulevée par les observateurs devient cruciale : La guerre que Kagame mène contre la RDC ne serait-elle pas en train de lui échapper, au point que le régime redoute désormais un retour de flamme sur son propre territoire ?
Un avertissement déguisé.
Le discours de Feud Ibingira, loin d’être une simple fanfaronnade militaire, s’apparente à un signal d’alerte interne. En glorifiant les anciens combattants tout en dénigrant la jeunesse, il expose la fracture générationnelle et le désarroi d’un système à bout de souffle. Si le Rwanda continue d’ignorer la réalité de la guerre qu’il alimente en RDC, il risque de voir le conflit franchir ses propres frontières — non pas sous forme d’une invasion, mais par l’effondrement progressif de son appareil militaire et moral.
Veritasinfo.