À Doha, l’AFC/M23 relance la bataille du narratif : pourquoi le mouvement prétend que les Wazalendo doivent être désarmés.

Publié le par Veritas

La déclaration a été brève, mais son impact politique immédiat. Lors d’une conférence de presse à Goma, jeudi, les dirigeants de l’AFC/M23 ont affirmé qu’une clause validée dans les pourparlers de Doha exigerait le désarmement de tous les groupes armés nationaux et étrangers opérant illégalement en RDC, y compris le mouvement Wazalendo. Cette sortie a provoqué des réactions virulentes et un vaste scepticisme public, de nombreux observateurs dénonçant une tentative de brouiller les lignes alors que les négociations sont en phase sensible.

Ce que disent vraiment les pourparlers de Doha.

Selon plusieurs sources proches du processus, les discussions engagées à Doha reposent sur un principe central : tous les groupes armés non étatiques doivent être démobilisés, cantonnés puis désarmés, qu’ils soient congolais ou étrangers.

Le texte en discussion vise donc principalement :

  • les coalitions Maï-Maï,
  • les groupes communautaires violents comme CODECO,
  • les forces étrangères telles que les ADF, les FDLR ou RED-Tabara.
  • Le groupe AFC/M23 soutenu par le Rwanda.

Or, les Wazalendo ne relèvent pas de cette catégorie. S’ils agissent souvent de manière autonome, ils restent une force étatique de mobilisation patriotique, soutenue par le gouvernement et, dans plusieurs zones, alignée opérationnellement sur les FARDC.

La confusion entretenue par l’AFC/M23 repose justement sur la zone grise autour du statut de Wazalendo : force populaire, non intégrée à l’armée, mais liée à l’État, donc non visée par la clause sur les groupes armés illégaux.

En 2023 et 2024, le président Tshisekedi avait d’ailleurs envisagé de leur donner un statut constitutionnel de force de réserve — un marqueur politique que le M23 tente aujourd’hui de retourner contre Kinshasa.

Pourquoi le M23 affirme-t-il alors que Wazalendo doit être désarmé ?

Cette déclaration répond à trois objectifs stratégiques des rebelles :

1. Semer la confusion dans l’opinion. En prétendant que Wazalendo doit être désarmé, le M23 tente de provoquer un sentiment de trahison chez ceux qui se sont mobilisés pour défendre le pays.

2. Fragiliser politiquement le gouvernement. L’objectif est d’exposer les ambiguïtés du statut des forces populaires et d’obliger Kinshasa à se justifier devant sa propre base.

3. Se donner une légitimité institutionnelle. En parlant comme s’il était une armée nationale, le M23 cherche à imposer l’idée qu’il pourrait participer au désarmement des autres groupes.

La résolution 2773 de l’ONU : l’élément que le M23 ne peut pas contourner.

Les Wazalendo

Un élément fondamental démontre toutefois l’absurdité de cette posture : la résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations unies, adoptée le 27 juin 2024, exige explicitement le désarmement du M23. Cette résolution :

  • condamne les offensives du M23,
  • exige son retrait immédiat,
  • demande son désarmement complet,
  • réaffirme que ce groupe reste une force armée illégale, responsable de déplacements massifs de civils.

L'ONU place donc le M23 dans la catégorie des groupes armés devant être neutralisés, non dans celle des acteurs pouvant exiger ou superviser le désarmement d’autres forces. En d’autres termes : Un groupe placé sous injonction de désarmement par l’ONU ne peut pas prétendre désarmer qui que ce soit — encore moins une force populaire étatique comme les Wazalendo.

Une réaction virale dans l’opinion congolaise.

Sur les réseaux sociaux, la conférence de Goma a suscité des réactions outrées ou ironiques. Un commentaire largement relayé résume la perception dominante : « Certaines personnes vivent dans une bulle de délires. À Goma, le M23 a tenu une soi-disant conférence de presse pour « expliquer » l’Accord de Doha — le même accord qui s’est retourné contre eux et le Rwanda.

Selon eux,  les Wazalendo seraient neutralisés! Bien sûr, ils n’ont pas mentionné Twirwaneho, Red Tabara, ni leurs alliés. Et ils se sont soigneusement exclus du lot, alors que la résolution 2773 de l’ONU oblige leur propre désarmement.

Soyons sérieux, le seul responsable du désarmement des groupes armés en RDC, c’est le Gouvernement. Et cela inclut le M23. Le délire est bruyant, mais la vérité l’est encore plus. »

La réaction des Wazalendo : une riposte directe.

Les dirigeants wazalendo dénoncent une tentative de « manipulation grossière ».
Ils rappellent que :

  • leur force est soutenue par l’État,
  • non classée comme groupe illégal,
  • non visée par Doha,
  • et encore moins par la résolution 2773 — laquelle s’adresse précisément au M23.

Le contraste entre ces deux statuts rend la communication du M23 d’autant plus fragile.

Une ambiguïté que le gouvernement doit résoudre

La polémique rappelle toutefois une réalité : tant que le statut des Wazalendo nest pas clarifié par une loi ou une réforme constitutionnelle, chaque avancée diplomatique pourra être instrumentalisée. Le pouvoir se retrouve donc à devoir gérer simultanément : une négociation internationale, une mobilisation populaire armée, et un adversaire qui joue la carte de la confusion.

Une stratégie de brouillage, mais un cadre juridique sans ambiguïté.

Si l’annonce du M23 a trouvé un écho médiatique, elle se heurte à deux faits incontestables :

  1. Les pourparlers de Doha visent uniquement les groupes armés non étatiques illégaux, pas les forces populaires étatiques comme les Wazalendo.
  2. La résolution 2773 du Conseil de sécurité exige le désarmement du M23, qui reste un groupe armé illégal au regard du droit international.

La tentative du M23 de renverser la logique du processus de paix révèle moins un rapport de force qu’un besoin de survivre politiquement en brouillant les lignes.

Sur le terrain comme dans les salles de négociation, la bataille se joue désormais autant sur les armes que sur le récit — mais le droit international, lui, ne laisse aucune place au doute.

Veritasinfo

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