Les Rwandais : 20 ans après…

Publié le par veritas

http://www.sudplanete.net/_uploads/images/galerie/800x600/1373879993_4.jpgVingt ans, une période que l’on n’a pas vue passer après le génocide et des massacres inouïs qui ont emporté des milliers et des milliers de rwandais. Une période questionnant dont le bilan est jugé négatif, mitigé ou  positif en fonction de critères d’évaluation et /ou d’évaluateurs.  Bien évidemment, cet article n’a pas la prétention de faire le bilan mais simplement de faire un bref retour sur ce passé récent qui pèse sur les rwandais, pour éventuellement en tirer des leçons. Il s’inscrit dans la continuité de mon dernier articletraitant des rapports identitaires entre les rwandais (surtout hutu et tutsi).


Ces dernières années, en effet,  l’actualité rwandaise est archi-dominée, sur le plan médiatique, par la surenchère des guerres régionales,  les rebonds politiques et judiciaires rwando-rwandais, le développement économique du Rwanda dans toutes ses formes, etc.  Quoi que cette actualité soit sans conteste bien intéressante, elle risque par moment d’occulter les problèmes et non les moindres, en rapport notamment avec la réconciliation et l’avenir des rwandais de façon globale. 


Depuis plusieurs années, le conflit rwando-rwandais a toujours fait ses victimes. Il a en effet  atteint à son paroxysme  depuis 1994 avec le  génocide et des massacres innommables, les mouvements d’incarcération jamais connus  dans l’histoire du Rwanda, les déplacements et exils semés de tous les dangers, etc.


Chose étonnante, certains de ces drames commis aux yeux du monde entier font l’objet des polémiques dans les opinions et médias. Quelle que soit la position des uns et des autres, en revanche, personne ne peut nier la réalité ni enlever le statut de victimes à ceux qui ont subi  les plus horribles des atrocités.  La situation est ultra complexe, bien entendu, dans la mesure où, pour le cas du Rwanda en tout cas, le supposé coupable réclame à son tour, et preuves à l’appui,  le statut de victime. De là,  la question rwandaise paraît énigmatique ou pour le moins confuse. Tenter de mettre en lumière cette énigme, c’est peut-être trouver une solution définitive et tendre vers le vrai chemin de la réconciliation.


Au moment où les rwandais s’apprêtent à commémorer le 20ème anniversaire du génocide et d’autres massacres, on constate ici ou là, la résurgence et la montée exubérante des propos de la haine, opposant  outrancièrement les deux groupes sociaux rwandais : hutu et tutsi.


http://www.ldh-france.org/section/loudeac/files/2013/05/francois-dupaquier.jpgLes médias et journalistes parfois de renom prennent part et s’immiscent dans ce bourbier par méconnaissance ou par intérêts. Certains journalistes en arrivent à des thèses jamais connues ni vécues au Rwanda, en l’occurrence les idées délirantes   concernant les rites initiatiques de la tradition rwandaise.  Dans son histoire, jamais le Rwanda n’a connu de rites traditionnels de viol sexuels intergroupes sociaux. Les  sources orales et écrites de la tradition rwandaise en sont de bons témoins.


Les rwandais ont tellement souffert de leur propre histoire au point qu’il ne faudrait plus désormais en rajouter.  Il existe par ailleurs certains rwandais (hutu et tutsi) extrémistes, hantés par le spectre de la haine.  Ces extrémistes tiennent des propos diabolisant, généralisant et haineux à l’encontre de leurs compatriotes n’appartenant pas au même groupe social. On a l’impression, du moins dans les médias, que la voix  des extrémistes est plus audible et captivante que celle qui présente, sans parti pris, les réalités rwandaises (passées ou actuelles).


Tout en reconnaissant la complexité de la situation, la communauté internationale et les médias devraient s’efforcer à bien se saisir de la situation rwandaise, non dans une logique manichéenne mais dans celle de justice et d’équité, sans parti pris. Il ne s’agit évidemment pas de promouvoir l’impunité, bien au contraire,  il importe d’identifier tous les coupables, d’aider à installer une justice capable de punir et/ou éventuellement d’amnistier, eu égard à la prévalence des  situations.


Si réellement on veut aider le peuple rwandais à trouver le bout du tunnel,  si on veut que le Rwanda trace la nouvelle ligne droite de son futur, il faut prendre garde et éviter d’attiser la haine, de généraliser et de  culpabiliser sans discernement. Il ne faut pas prendre les rwandais en otage en les réduisant en leurs pouvoirs dictatoriaux qui utilisent l’armée et les milices  pour exterminer leurs compatriotes.


C’est un peuple à soutenir….


RutsiroHormis les crimes commis par les régimes dictatoriaux qui se sont succédé, les rwandais hutu et tutsi sont des frères (cf. mon article indiqué ci haut). On a démontré à plusieurs reprises que ces deux groupes sociaux (qui ne sont pas de groupes ethniques) partagent depuis la nuit des temps les mêmes valeurs, les mêmes coutumes, la même langue, les mêmes ancêtres, la même croyance, le mariage inter clanique, etc.  Ces valeurs ne sont pas, à l’heure actuelle, abandonnées malgré les douleurs de l’histoire.


Les rwandais se côtoient, se connaissent entre eux. Ils sont profondément affectés par les drames cycliques et ils s’en lassent. Ils sont prêts au dialogue, prêts à se dire la vérité pour préparer le futur de leurs enfants. Ils ont envie de voir les nouveaux horizons.   La souffrance et la peur ont néanmoins appris aux Rwandais à se méfier de tout, à tourner sept fois leur langue avant de parler.  Ainsi éduqués aux valeurs d’intériorisation,  les rwandais verbalisent peu leurs émotions, leurs souffrances.  Leur sourire peut parfois exprimer le mal-être ! Le silence en dit souvent long. Leur « oui » public ou médiatisé signifie souvent « non » en réalité, hors micro et loin des instances publiques.


Pour mieux appréhender les rwandais, il vaut mieux prendre du temps, les observer, les fréquenter, les rassurer car on ne doit pas perdre de vue que c’est un peuple fragilisé.  C’est un peuple à soutenir sans préjugés car semble-t-il, il n’a pas encore totalement compris et assumé son histoire.  Ce n’est donc pas un peuple à abandonner au moment où son élite politique semble trainer loin derrière,  n’ayant pas encore saisi le sens de sa mission, cela depuis plusieurs décennies ou plutôt des siècles.

 


Par Faustin KABANZA

Mail : kabanzf@yahoo.fr

 

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