William Hague estime que le Rwanda a besoin d’avoir plus d’espace politique et avoir une réelle opposition avec plus de libertés pour les médias .

Publié le par veritas

http://scd.rfi.fr/sites/filesrfi/dynimagecache/0/0/3500/1738/360/179/sites/images.rfi.fr/files/aef_image/2012-12-07T202846Z_1258513211_GM1E8C80C9001_RTRMADP_3_BAHRAIN_0.JPG«En tant que membre du conseil de sécurité de l'ONU, nous devons être conscients des leçons qu'il faut tirer de ce qui s'est passé il y a 20 ans, et de ce qu'il faut faire pour éviter d'autres génocides.»


Le ministre des Affaires étrangères de la Grande-Bretagne était dans la tribune officielle des cérémonies marquant le vingtième anniversaire du génocide des Tutsis et des Hutus modérés hier à Kigali. William Hague estime que la France et la Grande-Bretagne partagent la même vision sur de nombreux dossiers africains, et il rend hommage à la France pour avoir agi vite au Mali et en Centrafrique, où son pays n’a pas et ne devrait pas déployer de troupes.


RFI : Bonjour William Hague. Vous teniez de toute évidence à être personnellement présent pour représenter la Grande-Bretagne à ses cérémonies de commémoration ?


William Hague : Oui, j’ai pensé qu’il était important que le gouvernement britannique soit ici. Nous avons contribué au développement du Rwanda ces dernières années. Je pense qu’en tant que membre du Conseil de sécurité de l’Onu il nous faut être conscient des leçons qu’il faut tirer de ce qui s’est passé il y a vingt ans et de ce qu’il faut faire pour éviter d’autres génocides.


Cela dit, est-ce que vous estimez que le Rwanda devrait faire plus pour ouvrir le dialogue, les échanges et permettre à une réelle opposition de voir le jour ?


William Hague :Je pense que c’est important. Il nous faut reconnaître le contexte difficile et particulier du Rwanda. Un leadership fort qui montrait clairement la voix était nécessaire pour que tous les Rwandais travaillent ensemble. Mais de notre point de vue, il est important, pour tout pays y compris le Rwanda, d’avoir une stabilité politique stable à long terme. Le pays a besoin d’avoir plus d’espace politique pour qu’il devienne une démocratie mature avec plus de libertés pour les médias.


Il est clair que les Rwandais, après ce qui s’est passé, qu’il leur revient de tracer leur propre voie, et qu’ils ne peuvent pas se fier à la communauté internationale, et c’est compréhensible. Mais ce serait une erreur de conclure que le Rwanda n’a pas besoin de cet espace politique, qu'il n’a pas besoin d’une variété plus large d’opinions politiques à l’avenir. Il revient à des gouvernements comme le nôtre qui a des relations avec le Rwanda, de signifier clairement ce point de vue.


La communauté internationale a échoué au Rwanda et on dit toujours « plus jamais ça ». Alors est-ce que vous pensez que les leçons ont été réellement tirées de cet échec ?


William Hague : Des leçons ont été tirées mais pas toutes. Il y a des progrès c’est indéniable. Les casques bleus au Soudan du Sud ont ouvert les portes de leurs bases pour protéger des civils, et c’est normal, c’est leur mission. Je rends un grand hommage au gouvernement et au peuple français qui ont agi au Mali et en Centrafrique avant qu’il ne soit trop tard.


http://www.upjf.org/library/media/images/user/soldats-francais-centrafrique.jpgLa République centrafricaine est au bord du génocide. L'expression a été employée à Washington mais aussi par le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon. Pourtant, la Grande-Bretagne ne participe pas aux efforts de l'EUFOR et ne déploie pas de troupes en Centrafrique.


William Hague :Mais nous contribuons par d’autres moyens. Nous avons mobilisé des avions de transport qui ont aidé la France et des troupes de l’Union africaine à acheminer du matériel en Centrafrique. Nous fournissons aussi une aide humanitaire très importante que nous avons porté à vingt huit millions d’euros.


Nous ne sommes pas en mesure de déployer des troupes partout dans le monde, nous avons de nombreux bataillons en Afghanistan et ce n’est pas le cas de la France.


Si la situation devait se maintenir dans un état critique ou se détériorer, est-ce que la Grande-Bretagne pourrait revoir sa copie et réexaminer la possibilité d'envoyer de troupes ?


William Hague :Je pense qu’il est important d’avoir un accord aux Nations unies sur les troupes onusiennes pour la Centrafrique donc je ne propose pas de changement de la Grande Bretagne sur ce point.


La Grande-Bretagne est sceptique sur le dossier des sanctions visant François Bozizé, l'ancien président, et les membres de la rébellion. Pourquoi êtes-vous sceptique sur l'efficacité ou la nécessité de sanctions ?


William Hague :Nous travaillons étroitement avec la France sur les sanctions, il est important qu’elles soient légales, durables, et leur efficacité dépend d’un accord international fort. Nous allons poursuivre notre collaboration avec la France sur ce dossier et sur tous les autres dossiers qui nous rapprochent dans le monde.


Je rends hommage au travail de la France dans de nombreuses régions d’Afrique. La France et la Grande-Bretagne siègent ensemble au Conseil de sécurité des Nations unies, nous agissons de concert dans tellement de pays africains : la Somalie, le Mali le Soudan du Sud, la Centrafrique, la Grande-Bretagne et la France sont des alliés proches qui travaillent ensemble et qui regardent vers l’avenir.

 



 

Source : RFI

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