Rwanda: L’éditorial de Bernard Debré- Le Rwanda 20 ans après

Publié le par veritas

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Le génocide rwandais est une plaie difficile à cicatriser. Des centaines de milliers de Tutsi ont été atrocement assassinés par des extrémistes Hutu. Il s’agit d’un épisode dramatique dont il faut rappeler les racines et les suites.


Ce sont justement ces racines qui posent manifestement problème à Paul Kagamé car tout prouve qu’il a organisé le retour des Tutsi au pouvoir au Rwanda.


Ces Tutsi, qui ne représentent que 15% de la population rwandaise, avaient été chassés par les Hutu lors de l’indépendance du pays en 1962.


Rappelons que cette indépendance voulue les Belges a entrainé un vote démocratique basé sur le principe « un vote = une voix » et l’arrivée au pouvoir des Hutu. Auparavant, dès le 15e siècle, jusqu’à la colonisation, les Tutsi détenaient le pouvoir. Leur chef, le Mwami, était le roi du pays. Ils dominaient la population majoritairement Hutu.


Après l’indépendance, les Hutu sont arrivés au pouvoir et ont commencé à se « venger » sur les Tutsi, ce qui a provoqué une diaspora importante notamment en Ouganda ou au Burundi. Les Tutsi de l’Ouganda, anglicisés, ont voulu à tout prix reprendre le pouvoir. Ils ont commencé une guerre de harcèlement.


Au début des années 90, la France, ayant un accord militaire avec le Gouvernement légal du Rwanda, a aidé l’armée rwandaise à repousser, comme le disait le Président Mitterrand, l’envahisseur de l’Ouganda, même si celui-ci était d’origine rwandaise. Ces opérations étaient assez classiques et ont permis à l’armée rwandaise, considérée comme légitime et démocratique par la Communauté internationale, de repousser ces invasions du FPR, Front patriotique rwandais, de Paul Kagamé.


L’ONU s’en est mêlé et a décidé qu’il y aurait une conférence de paix. Cette paix impliquait un gouvernement de coalition au terme duquel aurait lieu une consultation démocratique selon le modèle « un homme = une voix ».


Je me souviens avoir rencontré le Président Juvénal Habyarimana et les représentants Tutsi. Habyarimana était très inquiet. Il voyait l’agitation des Tutsi et celle des extrémistes Hutu comme une menace. Il demandait à la France de pacifier et d’aider à ce que la république soit respectée.


http://www.jambonews.net/wp-content/uploads/2013/04/Refugees-from-Rwanda.jpgOr, les représentants Tutsi m’ont clairement affirmé que jamais ils n’accepteraient un vote démocratique car ils étaient manifestement en minorité et ils prendraient le pouvoir dans le sang. A ce moment, j’ai alerté mes amis africains et français en leur disant que tout cela allait très mal se terminer, d’autant plus que les militaires mandatés par l’ONU, sous l’article 6 de la Convention des Nations Unies, n’avaient pas le droit de se servir de leurs armes.


En avril 1994, des missiles ont abattu le Falcon du Président Habyarimana qui était accompagné du président burundais.   Paul Kagamé essaye de faire croire que ces missiles ont été tirés avec l’accord de l’armée française par les extrémistes Hutu.


En réalité, toutes les preuves montrent qu’il s’agit de missiles d’origine russe transportés par les Tutsi à côté de l’aéroport de Kigali. Ces missiles ont été tirés par des militaires Tutsi qui, selon les accords de l’ONU, avaient une base à Kigali.


Cet acte a été le fait déclencheur du génocide. Les Hutu, apeurés, haineux, ont décidé de se venger. Les militaires français n’étaient plus sur place. La MINOAR des Nations Unies a été en dessous de tout, quittant le pays et laissant le génocide se perpétuer. Des Belges, pourtant sous uniforme de l’ONU, qui protégeaient le Premier ministre, ont été exécutés après avoir été désarmés sans avoir le droit de se défendre.


http://static.lexpress.fr/medias_742/w_605,h_270,c_fill,g_north/air-bus-a330_380149.jpgLa France, dirigée par François Mitterrand, a décidé, avec l’accord de l’ONU et avec des troupes africaines, d’envoyer sur place un contingent pour empêcher que le génocide continue.


Cette « Opération Turquoise » que j’ai pu voir sur place a été efficace. Aucun militaire français n’a favorisé l’un deux camps. Cette opération a certainement empêché la mort supplémentaire de nombreux Hutu et Tutsi.


Tout cela ne devait pas être du goût de Monsieur Kagamé qui, une fois installé au pouvoir à Kigali, n’a pas arrêté de montrer du doigt les armées françaises et africaines présentes sur place. N’oublions pas qu’après l’arrivée au pouvoir de Paul Kagamé, il y eut des centaines de milliers de morts Hutu au Rwanda-même, mais aussi au Congo voisin. Que l’on se souvienne ces foules immenses de Hutu fuyant leur pays. Que l’on se souvienne également des massacres ayant eu lieu dans ces deux pays. C’est à cette époque que Bernard Kouchner a demandé l’envoi de vivres et de médicaments aux Hutu en fuite.


Depuis, Paul Kagamé a affirmé son pouvoir et, pour cela, n’a jamais cessé de montrer du doigt l’action de la France, évitant ainsi que l’on remarque ou recherche celles et ceux qui avaient provoqué l’attentat contre le président rwandais.


L’armée française a eu un comportement remarquable durant cette triste époque, sans bavure. Ceux qui disent le contraire mentent sciemment ou inconsciemment.


Un premier rapport rédigé par le juge Bruguière n’a pas occulté la férocité des Hutu mais également les responsabilités des Tutsi menés par Paul Kagamé. Par la suite, Pierre Péan a également démontré les différentes responsabilités dans un remarquable ouvrage,  Carnages. Les guerres secrètes des grandes puissances en Afrique  (édition Fayard, 570 p., 2010).


Vingt après, ce drame refait la Une de l’actualité car Monsieur Paul Kagamé veut éviter que les historiens ne regardent de trop près les racines de ce génocide.


En aucune façon, la France ne peut être tenue pour responsable de celui-ci. Elle a bien aidé le Président Habyarimana à pacifier les relations entre les deux ethnies, au début de son mandat. Celui-ci en avait fait la « Suisse de l’Afrique ». Devant l’intransigeance des extrémistes Hutu et surtout devant la volonté des Tutsi de reprendre le pouvoir, il en a payé de sa vie, tout comme des centaines de milliers de Hutu et de Tutsi.

 

Source Union Républicaine

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