Kivu, le Rwandais qui cherchait 190 000 euros à Cannes/France

Publié le par veritas

Le jeune réalisateur rwandais Kivu Ruhorahoza est venu à Cannes pour financer son deuxième long-métrage, "Jomo".

 

Jomo, un jeune Kényan homosexuel, est expulsé de Grande-Bretagne. De retour à Nairobi, Jomo découvre, stupéfait, un pays métamorphosé, pétri de principes moralisateurs, conservateurs et homophobes, des valeurs importées par le télévangélisme et ses pasteurs américains. Jomo l'expulsé croise Jomo le prostitué, puis Jomo l'activiste. "Ces trois personnages sont joués par trois comédiens d'âges différents. Mais c'est le même Jomo. Pour gagner sa vie, Jomo va faire le gigolo, puis le trottoir, avant de militer pour ses droits. Il passe dans le corps politique", raconte Kivu Ruhorahoza, à la terrasse d'un café cannois. Quand le cinéaste rwandais, 29 ans, parle de Jomo, des images se forment instantanément comme si le film était en train de se faire.

Le réalisateur de Matière grise, primé au TriBeCa Film Festival à New York, en 2011, était à Cannes pour présenter son projet de deuxième long-métrage. Jomoa été sélectionné à la fabrique des cinémas du monde, à Cannes, laquelle soutient de jeunes réalisateurs non européens (la Brésilienne, Anita Rocha da Silveira, etc.).

De l'argent, ou du moins un carnet d'adresses et quelques conseils bien avisés, voilà ce que viennent chercher le cinéaste rwandais et les autres. Pour l'instant, Kivu Ruhorahoza dispose de 230 000 euros et cherche 190 000 eurospour démarrer le tournage, avec l'aide de son producteur, l'Australien Dominique Allen."When there is the will, then there is the way !" ("quand on veut, on trouve le chemin"), dit le producteur avant de partir pour un rendez-vous.

Kivu Ruhorahoza montre son planning cannois : une vingtaine de rendez-vous en quelques jours, avec le distributeur et producteur Epicentre, la société de production d'Agnès B., Love Streams

Devant eux, il a pu répondre à toutes les questions qui passent par la tête. Pourquoi Kivu veut-il filmer au Kenya et non pas au Rwanda ? "Il serait exagéré deraconter cette histoire au Rwanda, où l'homosexualité ne constitue pas un délit. De plus, à Nairobi, il y a des bars gays, des associations d'activistes, une véritableculture underground que je voudrais montrer."

"Pendez-les !"

 Comment est venue l'idée de Jomo ? "En Afrique, la situation est affligeante pour la communauté homo. Au Cameroun et en Ouganda, des journaux ont publié les noms et adresses de personnes supposées homosexuelles. Le journal ougandaisRolling Stone a donné la liste des "100 tops gays", avec ce titre en "une" : "Pendez-les !""

 Le discours est directement importé par des télévangélistes américains, expliqueKivu Ruhorahoza. Ces groupuscules ciblent particulièrement de jeunes Africains pauvres. "Le cas de David Bahati est très éclairant. Ce jeune Ougandais de 12 ans a été soutenu par des lobbyistes américains, puis envoyé en stage à l'étranger. A son retour, il est devenu député et a rédigé une loi pénalisant l'homosexualité et prévoyant la peine de mort pour certains actes homosexuels. Une mobilisation internationale avait permis d'obtenir le report du texte, en mai 2011", poursuit-il.

Il est bientôt 20 heures, jeudi 24 mai. Kivu Ruhorahoza s'apprête à quitter Cannes pour retourner à Kigali. "A cinquante minutes d'avion de Nairobi", précise-t-il.When there is the will..

 

Source : le monde

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