La France face aux États-Unis : l’ampleur de la trahison due aux écoutes.

Publié le par veritas

La France face aux États-Unis : l’ampleur de la trahison due aux écoutes.
"Avec les États-Unis, on est soit un vassal soit un ennemi", disait un député lors des premières révélations du journal allemand Spiegel sur les écoutes américaines. Les nouvelles révélations de WikiLeaks font apparaitre autre chose : l’ampleur de la trahison.
 
C’est comme être cocu. Même si on s’en doute, avoir la preuve sous les yeux, les photos de "où et quand", est toujours un électrochoc qui vous donne envie de tout casser. Pardonnez ma trivialité, mais je la crois pertinente. Ce que ressentent les dirigeants Français aujourd'hui est du même ordre. Au sommet de l’État personne n’est dupe. Depuis longtemps, les diplomates et les présidents ont intégré l'idée que les affaires sensibles ne peuvent pas se traiter au téléphone.
 
De fait, présidents et ministres des Affaires étrangères ne cessent de se rencontrer dès qu’ils le peuvent. Une heure ou deux. En marge d’un sommet, d’une réunion du G7, d’un passage au Nations unies, d’une réunion des groupes de contacts sur le Proche-Orient, l’Ukraine ou l’Iran. Et à chaque fois, ils en profitent pour faire le tour de tous les dossiers en cours. Les yeux dans les yeux, sans grandes oreilles. C’est ce qui explique la bougeotte de Laurent Fabius ou de John Kerry. "Il y a des choses qu’on ne peut pas dire au téléphone, il faut se voir", me disait Fabius dans l’avion qui le conduisait au Caire ce weekend-end.
 
Ceci dit, ce qui frappe dans les révélations de WikiLeaks, c’est l’ampleur. Le nombre de personnes qui, toutes, ne sont pas de premier ordre. Les sujets écoutés, qui ne concernent pas seulement les crises ou les dossiers lourds comme le nucléaire iranien mais aussi la vie de l’Union européenne. Les tensions budgétaires sur la Grèce, ce que Merkel a dans la tête, la vie politique française à la veille d’une élection ou les candidats sont écoutés. La méthode est systématique et avant une visite à Washington, on peut être sûr que tous les conseillers qui ont travaillé sur le déplacement ont été écoutés. Lorsque le président de la République française arrive pour rencontrer le président américain (qu’il s’appelle Obama ou Bush), ce dernier sait déjà ce que le Français a en tête. Il a un coup d’avance comme on dit aux échecs. Pour ne rien arranger, celui qui vous espionne est aujourd’hui considéré comme un allié. La trahison est d’autant plus désagréable. À l’époque de De Gaulle ou même de Mitterrand, on aurait pris plus de précautions.
 
L’ambassade des États-Unis est un véritable nid d’espion. Au dernier étage, une cellule de renseignement travaille avec vu sur l’Elysée, à œil nu. Le palais présidentiel est là, à tout juste 300 mètres. C’est ainsi depuis les années 30 quand les Américains ont demandé à installer, tout près de la place de la Concorde, leur ambassade. Tout près de l’Elysée. Depuis, et c’est la règle dans les relations internationales, ce bout de terrain est un territoire américain. C’est le principe de "l’extraterritorialité". Les Américains y sont chez eux et font ce qu’ils veulent. Là-bas, c’est un bout d’Amérique en France. Et à l’heure où la diplomatie se fait directement entre ministres ou chefs d’État, les ambassades sont aujourd’hui en grande partie un centre de collecte de renseignements. Mais de là à se brancher sur le président…
 
Juste après son élection, François Mitterrand avait eu le projet de faire déménager la présidence de la République de l’Elysée jusqu’aux Invalides. On avait alors pointé sa folie des grandeurs et son gout du faste. C’est possible. Mais peut-être que le premier président socialiste (à une époque où les États-Unis considéraient que cela voulait dire allié de l’URSS) avait autre chose en tête : aller se mettre de l’autre côté de la Seine pour s’éloigner de l’indiscrète ambassade des États-Unis, à une époque où les écoutes se faisaient par branchements. Un président rusé et méfiant. C’était il y a plus de 30 ans. Aujourd’hui, on nous dit que les ministres travaillent encore avec de vulgaire Samsung. Parfois certains sont cocus, mais ils le cherchent...
 
Source : yahoo

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